NICK & NORAH'S INFINITE PLAYLIST de Peter Sollett
7/10Produit par les frères Weitz, écrit par une nouvelle venue à Hollywood et réalisé par Peter Sollett (
LONG WAY HOME, film indé à voir absolument), ce petit film a tenté de remplacer JUNO cette année, comme-ci le film de Reitman était uniquement un phénomène porté par son sujet (la jeunesse un peu décalée et attachante), un réalisateur talentueux (Sollett a une patte très intéressante - il filme les scènes de baisers dans les studios d'enregistrement comme personne), et c'est à peu près tout. Sauf que
JUNO n'était pas ça du tout, et
NICK & NORAH'S INFINITE PLAYLIST ne l'est pas non plus. Les jeunes ne parlent pas comme Ellen Page et son style si particulier. Ce sont des jeunes "normaux" qui passent une nuit infernale à New-York, à la recherche du groupe préféré des deux protagonistes principaux qui se rencontrent et tombent amoureux immédiatement. Il s'agit aussi d'un road-movie teenagers contenant beaucoup de scènes hilarantes et de bonnes idées, se révélant être parfaitement structuré comme il faut.
Et enfin, c'est aussi un film où Michael Cera est dans son univers et où il arrive à ne pas se répéter et à faire exister Nick en une séquence (la déclaration d'amour à son ex au téléphone qui ouvre le film et nous montre l'étendue de l'attachement qu'on a pour cet acteur de génie). Il ressemble à ses personnages dans
SUPERGRAVE et
JUNO, mais pourtant, il ne semble jamais se répéter. Il trouve une approche qui fait que l'agacement ou le décalé de ses précédents rôles avec la même coupe de cheveux ne sont plus à l'ordre du jour. C'est pour ça qu'on aime immédiatement Nick, qui joue un concert avec son groupe gay Les Branleurs (les géniaux Aaron Yoo de DISTURBIA et Rafi Gavron de
PAR EFFRACTION) et rencontre alors Norah, interprété par l'incroyable Kat Dennings (aussi géniale que dans
CHARLIE BARTLETT). Les deux font semblant d'être ensembles devant l'ex de Nick qui énerve Norah à un point inimaginable. Mais Norah ne sait pas que Nick est le type aux compils, celui qui fait des mixtapes jettées par son ex et récupéré par Norah. Commence une série de quiproquos lancés par la disparition de Caroline, une amie de Norah totalement bourrée qui déambule dans New-York (et fait des trucs déguelasses comme vomir dans les toilettes, faire tomber son portable et son chewing-gum dedans et les récupérer immédiatement). Une première partie totalement foldingue, Nick & Norah devant rester ensemble uniquement pour retrouver cette pauvre fille perdue au milieu d'une ville dangereuse. Les caméos fusent et sont tous parfaits: Andy Samberg en clochard agressif, Seth Meyers en pervers prenant la voiture de Nick pour un taxi, Jay Baruchel est génial petit-ami de Norah qui profite uniquement de son argent et du travail de son père, Eddie Kaye Thomas en Jésus dans une fête gay, John Cho en animateur de bar ringard, et surtout l'hilarant Kevin Corrigan en étrange amateur de sandwiches. Mettez Corrigan dans un film et je l'adore immédiatement. Car malgré ses faiblesses évidentes comme un rythme décousu (la deuxième partie avec le retour de Nick & Norah dans les bras de leurs ex respectifs puis la dernière avec la recherche du groupe paraissent moins longues et travaillées que la première), le film a un côté attachant indéniable. Un côté mignon, renforcé par la musique parfaite de Mark Mothersbaugh (un des meilleurs compositeurs de mémores inoubliables - voir
LA FAMILLE TENENBAUM) et le reste de la bande-original qui va de Vampire Weekend à Hot Chocolate (et même The Cure comme sonnerie de portable). Si la fameuse "infinite playlist" n'est finalement pas une suite de musiques populaires mais plutôt les conversations des personnages principaux tout au long du métrage, il s'avère que ce petit film est un agréable moment sans prétention, amusant et touchant. Mais il vous faudra attendre Mars 2009 pour qu'il sorte sous le titre bidon
UNE NUIT A NEW-YORK.
W. : L'IMPROBABLE PRESIDENT de
Oliver Stone9/10Voilà un film et une putain de performance qui hantent votre esprit jusqu'à vous tirailler durant votre sommeil. Stone s'était quelque peu cassé la gueule avec WOLRD TRADE CENTER, et en tant qu'immense fan de son travail (que de chefs d'oeuvres et de films passionnants), j'attendais de voir si
W allait tourner au projet totalement foiré ou à la petite surprise sympathique. Franchement je n'avais aucun espoir avant la vision de la première bande-annonce, une claque. La patte de Stone est là, et
W ne semble pas être un biopic habituel. Et c'est exactement ce qui fait toute la force du film. Le simple fait qu'il s'agit d'un morceau de la vie d'un président encore à la Maison-Blanche et encore dans l'actualité (la grande question est ce qu'il va devenir après, en 2009) est déjà un pari relevé haut la main. Stone ne s'intéresse que très peu à la polémique: il s'intéresse à l'homme. Il n'est ni partisan républicain, ni démocrate haineux. Il veut juste comprendre ce bonhomme qui avait un problème d'alcool dans sa jeunesse, qui a conduit à la faillite toutes ses entreprises avant de devenir conseiller pour son père et président lui-même. Une énorme vie fascinante magnifiquement transcendé par Stone, qui livre un film flamboyant. Porté par une énergie, un sens du décalage parfait (les dialogues de Stanley Weiser, auteur de
WALL STREET, sont à la fois comiques et profondément tragiques) et surtout Josh Brolin. Oscar immédiat pour l'acteur, tout simplement parce qu'il ne fait jamais l'acteur. On déblatère chaque fois sur les performances oscarisables, sur le fait de s'effacer derrière un personnage, mais quand cela arrive vraiment, c'est juste énorme. Le grand frère de
LES GOONIES qui explose tout sur son passage depuis quelques mois (
AMERICAN GANGSTER,
THE DEAD GIRL, PLANET TERROR,
NO COUNTRY FOR OLD MEN, MILK) livre un des tours de force les plus incroyables jamais vu.

Franchement, W aurait pû rester dans l'histoire juste pour Brolin, qu'il soit mauvais ou pas. Mais en plus il s'agit d'une chronique fascinante qui transcende tous les préjugés. D'autant plus que, avec un regard totalement objectif sur chacun des évènements (la part de bien et de mal des choix de W ne sont pas didactiques et débiles mais vraiment réfléchis) donnent lieux à des scènes incroyables, à la limite de la satire sur toute une période de l'Amérique. Les scènes d'excès au Texas où la nourriture abonde créent une sorte de panorama de la culture Bush, de l'électorat qui a choisi à deux reprises d'élire cet homme à la tête du gouvernement. Certaines séquences vous hantent immédiatement : le déjeuner entre Bush et Dick Cheney où ils parlent du pourcentage de chance pour que l'Iraq ait des armes de déstruction massive, la réunion au milieu du film où tout se décide et où l'on voit pertinemment que Bush observe avec un oeil objectif la situation tout en se laissant envoûtée par les solutions de son vice-président (seul Powell était réticent), les scènes de folie du personnage qui boit en abondance et veut même foutre une raclée à son père lors d'une soirée bien arrosée, et la transition entre le père Bush qui s'effondre totalement et le fils qui trouve cela émouvant et pathétique à la fois. Encore une fois, Stone traite tout ceci avec une puissance, avec une photographie et une caméra qui ne lui ont jamais autant ressembler. Il y a une énergie dans chaque plan qui fait qu'on y croit de bout en bout. Le jogging paranoïaque du personnage, l'étouffement avec le bretzel ou cette scène-clef où Bush se laisse "baptiser" par son pasteur texan beau-parleur sont restranscrits d'une manière tellement naturelle qu'on sait pertinemment que Stone glisse une idée derrière chaque plan. Franchement, la nomination pour le meilleur film et le meilleur réalisateur ne seraient pas de refus. Et malheureusement, aucun Oscar ne pourra féliciter l'ensemble du casting, parfait de bout en bout. C'est peu dire: Richard Dreyffus est un Cheney impeccable, Jeffrey Wright est un Powell humaniste et touchant,
Thandie Newton est crispée et crispante en Rice, Toby Jones est brillant, Ioan Gruffud fait une courte apparition très crédible en Tony Blair, Rob Corrdry fait du mieux qu'il peut pour comprendre le responsable des relations publics de la maison blanche. Sans compter James Cromwell et Ellen Burstyn mythiques, Stacy Keach (
PRISON BREAK) effrayant, Bruce McGill dans son registre habituel grognon, Scott Glenn impérial, Marley Shelton et Noah Wyle en couple éclipsé lors de la conquête politique de leur ami Bush, Jesse Bradford dans un minuscule rôle de chef de fraternité, Jason Ritter en frère parfait. Bref, un film aussi énorme que son casting, impressionnant et fascinant de bout en bout. Sans compter deux bonus: Elizabeth Banks (sublime, sublime et sublime) et Bob Dylan en générique de fin.
tib20011