Toujours est-il que c’est aussi par cette inconscience incroyable, cette prétention radicale de vouloir faire un vrai film et cette volonté juvénile sans limite que
Broken parvient soudain à retrouver ce que l’on n’avait pas ressenti depuis un bon paquet d’années lorsque la folie décrite dans le film paraissait soudain bien réelle, les deux réalisateurs visiblement décidés de se poser en nouveaux pionniers dans l’outrance et l’horreur pur et dur. Passées les quelques scènes qui rendent le film si proche des aventures machiavéliques de Jigsaw, c’est surtout dans cette utopie naïve que les deux hommes marquent de sérieux points, n’hésitant pas à citer ouvertement certaines œuvres qui les ont marqués au travers de scènes clés hommages arrivant, on ne sait comment, à retrouver cet esprit si flagrant errant dans les films cultes des années 70. Ainsi, une scène de toilette silencieuse auprès d’une mare rappelle aussitôt le bain funèbre d’une des victimes de
La dernière maison sur la gauche de Craven, certains élans filmiques rappellent discrètement la grandeur du chef d’œuvre tant décrié de Meir Zarchi et la folie pure et dure qui s’échappe parfois rappelle le meilleur des McNaughton et autres Lustig. C’est sans compter sur cette allure radicale que prend l’ensemble qui, soudain, annonce très clairement la filiation que
Broken recherche tant, celle de fils bâtard de
Massacre à la Tronçonneuse, grâce à une approche totalement indifférente de l’action, suivant l’intrigue comme si la caméra ne devait jamais influer sur l’évolution des événements. Ne parlons même pas de cette scène finale à proprement parler hallucinante, d’une gratuité incroyable, véhiculant un sadisme palpable des auteurs vis-à-vis des personnages et du public alors même que l’intrigue principale est terminée, ce revirement épouvantable et atroce qui évoque ainsi la brutalité d’un Miike furieux.
Vous l’aurez compris ce
Broken qui sort de nulle part possède tous les éléments du film amené à être oublié très rapidement, à commencer même par son distributeur qui semble indifférent au potentiel du film, lui accordant ainsi un « accord parentale souhaitable » alors même que l’œuvre s’est vu interdite aux moins de 18 ans dans tous les pays dans lesquels elle a été distribuée et ce à juste titre. Connaissant paradoxalement le pire comme le meilleur, le survival du duo Boyes/ Mason risque pourtant de surprendre par sa vitalité incroyable et sa froideur partiellement assumée au beau milieu de ce qui s’apparente à une œuvre youtube de plus d’une heure et demi. Aussi, il semblerait osé et radicalement honteux d’insister sur les qualités alors même que
Broken s’engouffre parfois dans le pire à l’image de cette fabuleuse scène dans laquelle la jeune femme tente de soudoyer son geôlier en mettant en avant ses atouts à la manière d’une mauvaise actrice porno… Il n’empêche que passées ces quelques horreurs,
Broken saura rappeler à quelques futurs cinéastes ou certains cinéphiles cette vision démente et inconsciente, et surtout tellement honnête, qui manque parfois –souvent ?- aux productions actuelles…