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Censure Et Cinema : Le Cas Chinois [page 1]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 01 février 2008 à 06h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h48 - 0 commentaire(s)
Voici quelques mois un film suscitait la discussion en France comme ailleurs au sujet du comportement du pouvoir chinois à son égard. Ce métrage, c’était Une Jeunesse chinoise, le dernier film de Lou Ye, connu notamment pour l’envoûtant Suzhou River. Non seulement censuré pour ses scènes explicitement sexuelles et interdit de projection en Chine continentale, le bureau de censure et les autorités locales avaient frappé d’interdiction d’exercer le cinéaste et la productrice du film pour une durée folle de cinq années. Pratique incompréhensible en Occident, la démarche aussi sévère qu’intolérable de la part des responsables chinois du cinéma nous renvoyait ainsi avec force à l’autoritarisme d’un Etat dur et inflexible. La sortie française en DVD d’Une Jeunesse chinoise nous permet ainsi de revenir sur cette affaire et hélas son absence de nouveaux développements, contraignant encore ses acteurs principaux à l’inactivité forcée dans leur propre pays.


Une censure « normale »
Qu’elle soit exercée avec subtilité ou drastiquement, la censure a toujours fait partie du quotidien du cinéma jusqu’à une date récente. Qu’elle sanctionne une emprise politique trop marquée ou témoigne du poids du conservatisme, qu’elle atteste d’une pruderie morale face à la sexualité ou du refus d’une violence exacerbée, la censure est multiple et s’exerce toujours, quoique l’on en pense. Ainsi, du Code Hays des années 1960 en passant par les censures pratiquées en temps de guerre par l’Etat ou l’occupant, le fait de censurer est indissociable des arts et touche indistinctement tous les Etats. Qu’on le regrette ou le déplore, elle existe et toujours demeure, qu’elle soit autoritaire – sa plus exécrable variante – ou qu’elle se manifeste par un contrôle (nécessaire ?) de bureaux de classification plus ou moins pertinents. Les exemples en cela ne manquent pas, de la Bataille d’Alger au récent Saw IV, en passant par les cas réservés à Quand l’embryon part braconner, aux Sentiers de la gloire ou au très beau film de Louis Malle, les Amants.

Les multiples formes de censure s’avèrent soient pernicieuses soient évidentes, s’affichant clairement comme en temps de conflit ou se défaussant derrière de fausses raisons, quand elles ne suscitent pas elle-même une autocensure au sein de l’industrie et chez les créateurs (K. Mizoguchi et A. Kurosawa durant la Seconde Guerre Mondiale dans le choix de leur sujet).


Toutefois, si l’on s’attache à la liberté d’expression du cinéma et plus généralement des arts, toute censure s’impose comme néfaste car elle empêche le public de se faire son propre avis sous prétexte de le préserver ou de lui empêcher l’accès à des idées dérangeantes, subversives ou contestataires. Les motivations sont évidemment discutables et toujours nuisibles à la communauté. Là encore, il est toujours possible de s’opposer à telle interdiction ou refuser telle décision contestable. Du moins est-ce le cas dans nos démocraties occidentales et moins ailleurs. D’Iran jusqu’en Chine, le cinéma est en effet une des cibles principales de ceux qui veulent préserver leur pouvoir et maintenir dans une obscure ignorance, la majorité de leur population. L’enjeu est évidemment politique mais également profondément social. Pour ne pas dire essentiel.

Le cas chinois est en cela éloquent lorsqu’il sanctionne Une Jeunesse chinoise pour sa sensualité débridée, alors qu’en vérité il se cache derrière le motif de la morale pour interdire toute représentation contestataire des évènements de 1989, place Tien An Men.


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