L’AVOCAT DU DIABLE PAS CLASSE
Symbole d’un gros changement d’époque, le retour de Sidney Lumet dans le genre « film judiciaire à suspense » s’effectue via un Hollywood night des familles, starring la glacée Rebecca de Mornay et ses yeux de bille, face au ténébreux Don Johnson, jamais très doué quand il s’agit de jouer les méchants ambigus. Soit deux acteurs presque has-been à l’époque, pour une série B téléphonée et faussement sulfureuse.
L’avocat du diable peut se réjouir d’avoir un réalisateur de grande classe derrière la caméra. Car, en dehors de ça, rien ne sauve ce mollasson suspense de l’ennui.
DANS L’OMBRE DE MANHATTAN - MOYENNEMENT CLASSE
Des procureurs, des flics corrompus, New York... Vous commencez à connaître la chanson ? Vous avez de la chance, alors, car Sidney Lumet aussi. L’homme connaît la chanson, et si certains ont pu soupiré en lisant le pitch de
Dans l’ombre de Manhattan (« quoi, encore une histoire de corruption ? »), le résultat prouve qu’il ne laisse malgré tout rien au hasard. Basé une nouvelle fois sur un roman de Bob Daley (
Le prince de New-York), le film tire sa richesse du conflit familial qui oppose un jeune procureur (Andy Garcia, impeccablement torturé) à son flic de père (Ian Holm), qui cache quelques cadavres dans le placard. Des cadavres que le jeunot s’apprêtait à déterrer, avant que son père ne se fasse tirer dessus... Classique, forcément, tout comme la love affair avec Lena Olin, ou la plaidoirie enlevée de Richard Dreyfuss. On pourrait bailler d’ennui (le film manque d’ailleurs sacrément de rythme), mais pourtant cette intrigue balisée se laisse suivre sans déplaisir, offrant même au détour d’un dialogue une réplique mémorable : «
Si tu veux garder les mains propres, deviens plutôt curé ». Une sentence qui pourrait être lancée à tous les personnages du cinéma de Lumet, en somme.
JUGEZ-MOI COUPABLE - MOYENNEMENT CLASSE
Dans la lignée de la série
Tribunal Central (deux saisons) qu’il contribua à créer, Sidney Lumet, désormais octogénaire, démontre qu’il n’a pas encore étanché sa soif de cinéma, et retourne à un genre qu’il maîtrise plus que quiconque, le film de procès. Dans une veine plus légère cette fois, puisqu’il s’agit d’une comédie mafieuse douce-amère, dont la vedette est un méconnaissable Vin Diesel. Le colosse à la voix rauque démontre son talent pour la comédie et l’outrance « sopranienne » dans le rôle de Jackie Giacomo, un véritable truand qui a assuré lui-même sa défense dans un énorme procès visant à détruire l’une des grandes familles mafieuses de New York. Perruque poivre et sel, le bon mot toujours au coin des lèvres, Vin Diesel est la principale attraction d’un film essentiellement basé sur des discours de prétoire. Un principe casse-gueule, que Lumet consolide avec un métier certain. On peut trouver le film drôle mais aussi désabusé, puisque comme Serpico et Danny Ciello, l’attitude de Jackie face à ses semblables (qu’il défend et ridiculise en même temps) l’isole chaque jour un peu plus, et au final, n’améliore pas sa propre situation puisqu’il reste prisonnier.

7h58 CE SAMEDI-LA - CLASSE
Pas encore détenteur du record de longévité derrière la caméra (Manuel de Oliviera est encore loin devant), Sidney Lumet est pourtant en pleine possession de ses moyens. Si Jugez-moi coupable reste un film mineur, 7h58 ce samedi-là (on lui préférera le titre original tiré d’un proverbe irlandais,
Before the devil knows you’re dead) porte la marque des grands drames qui ont jalonné sa carrière. Véritable tragédie funèbre, imaginée par une scénariste débutante, Kelly Masterson, ce récit d’un cambriolage particulièrement sordide prend aux tripes, grâce une nouvelle fois à des acteurs merveilleusement mis en valeur, et une partition envoûtante de Carter Burwell (compositeur attitré des frères Coen, et donc d’un cousin germain de
7h58..., Fargo). Sous les oripeaux du film de genre, que les cadrages secs et impitoyables du cinéaste démythifient un à un, se dévoile une chronique familiale particulièrement tordue. Une fratrie au bord de l’implosion, pour laquelle un braquage raté sert de détonateur. Sidney Lumet ne se décrit pas comme étant «
particulièrement pessimiste quant à la nature humaine, mais... ». Mais tout de même : difficile de tourner la page sur
7h58... sans avoir un goût amer dans la bouche. Sacrée leçon de cinéma.
Dossier réalisé par Nicolas Lemâle
et Alex Masson.