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Daniel Lee, Artiste Hors Norme (dragon Squad) [page 1]

Par Elodie Leroy - publié le 10 août 2007 à 04h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h29 - 0 commentaire(s)
Dans le paysage actuel du cinéma hongkongais, Daniel Lee Yan-Kong constitue une sorte de paradoxe. D'abord parce qu'il continue d'intéresser les producteurs les plus influents (Tsui Hark, Andy Lau et maintenant Bey Logan et Steven Seagal) alors que ses films n'ont que très rarement remporté le jackpot au box-office hongkongais. Ensuite parce que les effets de style ultra modernes qui caractérisent son cinéma côtoient des inspirations issues du cinéma classique de l'ex-colonie britannique. Enfin, parce qu'il fait partie de ces rares cinéastes capables d'imprimer leur vision personnelle quelque soit le genre de films abordé, y compris lorsqu'il s'agit de productions aux ressorts formatés. Le voir aux commandes d'un film d'action pur jus comme Dragon Squad avait tout de même de quoi surprendre pour qui le connaissait à travers des œuvres à contenu émotionnel fort telles que Till Death Do Us Part ou Moonlight Express. Il faut croire que Daniel Lee n'a pas fini de surprendre son monde puisqu'il signe avec Dragon Squad un film coup-de-poing dont les gunfights endiablés le voient aussi renouer avec un style visuel proche de celui de What Price Survival ?, son tout premier film. Portrait d'un artiste hors norme.


Vingt-sept ans après le classique Un seul bras les tua tous (1967) de Chang Cheh, et un an avant le magistral The Blade (1995) de Tsui Hark, Daniel Lee fait son entrée en scène avec What Price Survival ?, une œuvre fascinante et bouleversante abordant l'un des plus grands mythes du cinéma d'arts martiaux, celui du sabreur manchot. Une sacrée responsabilité pour un réalisateur qui débute sur le grand écran, après avoir fait ses premières armes sur le petit ainsi que dans le milieu du clip vidéo. A l'époque, c'est-à-dire en 1994, les films de kung-fu en costumes ont encore le vent en poupe, même si l'industrie commence à évoluer vers des productions modernes. Réalisateur, scénariste, monteur et directeur artistique de son projet, Daniel Lee a l'originalité de situer l'action dans les années 20, une époque peu explorée dans le cinéma hongkongais de cette période. Audace suprême, il remanie entièrement le récit et fait intervenir la mutilation du héros à la fin du métrage, apportant ainsi un éclairage nouveau sur la signification profonde de ce geste. Pour autant, Daniel Lee n'oublie pas la source de ses inspirations et rend un hommage très appuyé à la belle époque du cinéma de la Shaw Brothers en sollicitant la présence de comédiens vétérans tels que David Chiang (interprète du manchot dans La Rage Du Tigre), Normal Chu ou encore Damian Lau. Non content d'innover sur le terrain mille fois rebattu des héros handicapés (le manchot s'inspirant déjà du Zatôichi japonais), le cinéaste imprègne cette œuvre crépusculaire d'une atmosphère et d'une émotion puissantes, des qualités auxquelles il faut ajouter une esthétique élégante empruntant directement à la peinture chinoise classique.


On le dit formaliste, et on n'a pas tort. Daniel Lee se distingue par un sens artistique aiguisé et l'on ne sera guère étonné d'apprendre qu'il a étudié les arts visuels, en l'occurrence au Canada. Loin de se résumer à une suite d'images léchées, l'esthétique de Daniel Lee est une esthétique du mouvement. Le réalisateur travaille certes le cadre mais aussi le montage, tout en usant abondamment du procédé d'accéléré ralenti mis au point par Wong Kar Wai et Christopher Doyle. Loin d'être gratuits, ces effets ont toujours le bon goût de faire écho aux émotions des personnages, dans le sens large du terme puisqu'ils traduisent tout aussi bien la douce mélancolie que la rage viscérale. On se souvient de la séquence hypnotique du parricide dans What Price Survival?, montée en parallèle avec des images montrant le commanditaire du crime, soit le père adoptif du héros, s'enivrer tout en assistant à un étrange spectacle de danseuses au visage blafard. D'une intensité croissante, la séquence s'accompagne d'une musique véritablement obsédante aux relents tribaux, conférant d'abord une solennité extrême à la scène (superbes grand angles montrant le personnage de Wu Xing-Guo marcher vers l'ennemi, au milieu d'une centaine d'hommes alignés) puis suggérant l'état de transe de l'homme qui l'a élevé dans le seul but de le voir accomplir cet acte terrible. La musique qui accompagne la séquence est aussi celle du générique du début du film, un aspect qui avait à lui tout seul retenu l'attention à son époque. Véritable coup de génie, ce générique enchaîne différents extraits de l'œuvre dans un ordre qui semble aléatoire mais qui s'avère en réalité très pensé, cette ouverture se révélant passionnante à revoir après la projection du métrage.



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