Par Florent Kretz - publié le 16 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 16 octobre 2009 à 10h09 - 0 commentaire(s)
Une pièce maîtresse éclipsée par les bockbusters…

Un tour de force qu’il réitère dès qu’il en a l’occasion : si les punchlines dévastatrices sont à mourir de rire, il met un point d’honneur à offrir à son personnage une dimension tragique inespérée. La vengeance s’apparente bientôt à un véritable fardeau, ses tentatives d’une reconstruction sociale et affective se faisant autant de défis impossibles trouvant des conclusions dramatiques. Cherchant à retrouver la fraîcheur pathétique des vieux monstres ayant fait les heures de gloire du catalogue de Universal justement, il décrit sa chose vengeresse avec la même sensibilité que celle qu’avait employé James Whale pour son Frankenstein : un plan majestueux nous dévoile le Darkman enturbanné se cachant de la pluie sous un carton humide, bientôt embarqué par les torrents d’eau. Prostré tel un nouveau né, il se révèle de plus en plus bouleversant, Neeson parvenant comme personne à jouer, dans une autre scène, la détresse d’un homme réalisant qu’on lui a « volé » ses mains…



Seul, torturé, mue d’une haine grandissante au fur et à mesure que son humanité disparaît, le Darkman s’illustre rapidement en tant que justicier magnifiquement ignoble. D’autant plus lorsque son visage, ou tout du moins ce qu’il en reste, nous est dévoilé à la lumière. Arborant un maquillage somptueux à en faire pâlir Freddy Krueger, le personnage en impose. Bien plus impressionnant encore que son costume à mi chemin entre Belphégor et la Momie, son visage composé par Tony Gardner (élève de Rick Baker ayant officié par la suite sur Le retour des morts vivants de Dan O‘Banon, Le Blob de Chuck Russell ou encore Cabal de Clive Barker) et par Larry Hamlin (Dark Angel avec Dolph Lundgren ou Universal Soldier) est affolant de beauté et de maîtrise technique. De quoi obtenir quelques prix dont un au Festival international du film de Catalogne.

Reste enfin à signaler la participation d’un Danny Elfman inspiré qui, à cette époque, ne tombait pas encore dans la redite. Embauché par Universal puisque étant l’homme derrière le score du Batman de Burton, alors unique représentant du revival super héroïque, le rouquin se lâche et propose une bande sonore aussi schizophrène que le film de Raimi. Venant de boucler les bandes originales de Fantômes en fête de Richard Donner et du Dick Tracy de Warren Beatty, il continue sur sa lancée de pistes symphoniques décalées qui feront de lui l’un des plus courtisés du genre. Avec une fulgurance sonore comme celle-ci combinée à la maestria d’un Sam Raimi qui se fait visiblement plaisir, nous n’aurons aucunement peur de revendiquer (oui, nous le revendiquons !) que, malgré ses quelques naïvetés et sa forme de série B totalement assumée, Darkman est beaucoup plus réussi et plus fort émotionnellement et héroïquement qu’un Spider-man, tout épisode confondu. Ici, tout s’accomplit aussi graphiquement que les aventures d’une planche de bande dessinée et Raimi parvient à trouver les compromis adéquats pour véhiculer des thèmes forts sur sa petite heure et demi au lieu d’étendre les thématiques lourdingues sur près de trois fois deux heures. Et même si on accrochera pleinement aux énormissimes aventures de Spidey, on ne pourra que constater que, quelque part, Raimi aura bien perdu sa fougue d’antan. Car Darkman constitue cette sorte d’épisode ultime du super héros dans la filmographie du réalisateur : le personnage aura tellement de succès qu’il obtiendra deux suites (dont une avec le retour du terrible Larry Drake) mais surtout une variation en comics.



Assurément un film qui fait du bien, qui file la patate et qui ferait presque regretter la surenchère de moyens dans les productions du même acabit thématique. Si on préférera les transformations en stop motion de Westlake aux attaques numériques de la symbiote, c’est surtout l’énergie et la verve imaginaire du metteur en scène qui nous manqueront… Allez donc prendre votre petit bol de gaz hilarant avec ce Darkman culte de chez culte qui, nous en sommes sûrs et vu vos goûts, vous touchera forcément. La semaine prochaine, Tonnerre de Feu ! Et comme ce genre d’annonce se passe de commentaire, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un très bon week-end plein de bons films. Et si on vous reproche vos passions pour cette vieille bobine, dites comme le Darkman : « J’ai appris à vivre avec… » Tchao les monsters !
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