De Zodiac A Schizophrenia, Les Serial Killer Au Cinema [page 10]
Par Romain Le Vern - publié le 18 août 2008 à 18h05 , MAJ le 25 septembre 2009 à 17h27 - 0 commentaire(s)
Deux modes de narration faussement linéaires Cannibal Man se situe quelque part entre le thriller horrifique efficace et la satire sociale cinglante et narre l’itinéraire d’un homme qui taillade à la chaîne des quartiers de viande dans une fabrique de soupe en conserve. Un soir, alors qu’il errait paisiblement avec sa copine, il tue un chauffeur de taxi qui menaçait cette dernière. Par honte et sentiment d’autodéfense, notre héros assassine et entasse les corps en putréfaction dans sa baraque nauséabonde avant de refiler la viande humaine à l’usine agro-alimentaire pour nourrir le peuple. Physique de playboy à la psychologie torturée mode Arrabal, il titille la fibre érotique de tout ceux qui l’entourent, comme son voisin vieux garçon bourgeois qui passe son temps à l’épier de son appartement. Dans Clean, Shaven, deux histoires se chevauchent. Celle de Peter Winter, schizophrène autodestructeur taraudé par des hallucinations effrayantes, qui s’est enfui de son hôpital psychiatrique dans le but de retrouver la fille dont on vient de lui retirer la garde. Non loin de là, une autre histoire prend naissance: celle d’un inspecteur du FBI qui traque au gré d’indices épars un serial killer prenant plaisir à mutiler des fillettes sans défense. On suit les moindres mouvements et bouleversements internes d’un personnage jusqu’à ce qu’une enquête policière vienne chambouler la fausse placidité ambiante et apporter un semblant de rationalité.
NATURAL BORN KILLERS / THE DEVIL’S REJECTS LES SERIAL KILLER ROMANTIQUES Oliver Stone et Rob Zombie : mêmes combats ? Et mêmes confusions sur leurs tueurs en série?
La question du point de vue est très intéressante dans ces deux longs métrages, responsables de vraies controverses. Au moins, leur mérite, c’est de poser de bonnes questions sur la limite à ne pas franchir lorsque l’on représente des tueurs en série au cinéma. Avec Tarantino au script et Stone à la réal, Tueurs nés raconte le périple télévisuel d’un couple de tueurs (Mickey et Mallory) qui se servent des médias jusqu'à devenir des stars de l'actualité. Oliver Stone utilise une forme stylisée au montage frénétique qui fonctionne de pair avec le fond, très provocateur, qui fait mine de prendre à la légère un propos tendancieux sur le rapport que le spectateur entretient avec les médias. Est-ce une farce ? Une tragédie ? Les deux ? Oliver Stone a complaisamment entretenu l’image de l’ultra-violence discutée avec Reservoir Dogs, relate le passé douloureux de Mallory avec un style proche du sitcom trash, crache sa haine à travers le journaleux joué par Robert Downey Jr., castre Tommy Lee Jones et s’emmêle les pinceaux comme le souligne la scène finale où le spectateur doit culpabiliser d’avoir été complice. Beaucoup lui ont reproché – et lui reprochent toujours – d’avoir fait un pop-corn movie sur l’ultraviolence. The devil's rejects, de Rob Zombie se situe dans le sillage de Tueurs nés avec les risques que cela comporte. Notamment la séduction immédiate. Ce qui sauve Tueurs nés et The Devil's rejects ? L’inconscience tragique. Tueurs nés est une vraie histoire d’amour – mais une histoire d’amour malade qui part sur de mauvaises bases pour tomber dans une impasse. Idem pour The Devil's rejects dont l’issue terrible est sublimée par un morceau de En comparaison, une œuvre potache comme C'est arrivé près de chez vous cherche moins à manipuler le spectateur qu’à aiguiser son sens de l’humour très noir (ah, le singe vert) et de la poésie très macabre (ah, les dunes !). Les monologues fiévreux de Poelvoorde sur la couleur des murs des HLM ; la recette du petit Grégory ; les vieilles, amis et enfants qui se font plomber. Le trio belge, révélant au passage l’hallucinant Benoît Poelvoorde, pousse très loin les limites notamment lors de la scène du viol collectif ou le meurtre de l’enfant – tout en réussissant à rester très drôle selon le principe du fou rire nerveux: plus c’est glauque, plus c’est marrant.