Par - publié le 18 août 2008 à 18h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h27 - 0 commentaire(s)
CLEAN/SHAVEN / CANNIBAL MAN
LES TUEURS EN SERIE NEVROSE/SCHIZO
Voici deux des variations les plus ambiguës et marquantes du tueur en série. Sans doute parce qu’elles s’appuient sur des psychologies extrêmement complexes qui vont à l’encontre des clichés. Peu connues, elles possèdent suffisamment de passages marquants pour donner envie d’être vues à répétition.




  • La présence derrière la caméra de deux cinéastes intransigeants
    Cinéaste écorché vif à l’identité schizophrène (provocateur et sensible), Eloy de La Iglesia appartient à ces cinéastes espagnols qui grâce à la transition démocratique ont eu le bon goût de révéler ce qui se tramait dans leurs têtes d’artistes féconds. Mais ce premier qui avait courageusement commencé le métier de réalisateur bien avant cette révolution des moeurs n’a pas connu la chance de ces derniers. Ni même la reconnaissance qu’il aurait dû recevoir. On cite souvent Le bal du Vaudou comme l’une de ses œuvres maîtresses ; ce serait oublier ce Cannibal Man où Eloy De La Iglesia apparaît à la quintessence de son art. Depuis ses débuts, Lodge H. Kerrigan, lui, réalisateur de Clean/Shaven construit des histoires déchirantes avec des arguments narratifs ténus et une économie de moyens. Avant Claire Dolan et Keane, il bouleversait déjà avec Clean, Shaven, plongée schizoïde et impressionnante dans le tumulte mental d’un fou, où il simule la distance pour nous toucher en plein cœur et nous faire fondre en larmes. C’est un cinéaste facétieux qui aime brosser des portraits de personnages solitaires au seuil de la folie qui veulent échapper à une totale déshumanisation. Ses films racontent des errements impossibles.



  • Deux films uniques qui n’appellent pas de références
    Cannibal Man fait figure d’accident fascinant. A l’origine, le film s’intitule La semaine de l’assassin. Le titre "Cannibal Man" sous lequel il est connu à défaut (il n’est aucunement question d’anthropophagie) est une astuce du distributeur munichois de l’époque pour relancer la côte du film dans les vidéo-clubs. Il est même allé jusqu’à proposer un sac à vomi à tout ceux qui achetaient la cassette. Mais le titre peut se lire de manière abstraite. Comme une métaphore sur l’homme prédateur qui bouffe l’âme de ses proies grâce à un pouvoir de séduction infaillible. Par son jusqu’au-boutisme et sa réputation sulfureuse, ce film appartient à la liste des «videonasties» (films indésirables en Angleterre dans les seventies). Son tournage déjà peu aisé fut aussi intense que sa trame narrative. Les acteurs et les techniciens étaient persuadés de travailler sur un film voué à l’échec qui n’obtiendrait aucun visa et provoquerait la perte de son producteur, voire de son auteur. Le travail sur le son dans Clean, Shaven permet d’appuyer la sensorialité et d’entrer dans le brouhaha mental du protagoniste. Tout plein de bruits bizarres se confondent et forment la même mélodie dissonante d’un malheur inconcevable. Que ce soit Clean, Shaven, Claire Dolan ou Keane, les films de Lodge Kerrigan, enfermés dans leur bulle autiste, traduisent un manque, un risque : celui d'être pris pour ce qu’on n’est pas. La caméra colle au corps des personnages et travaille le paradoxe comme dans les meilleurs délires névrotiques de Polanski (Répulsion). Ce qui est très dérangeant dans Clean, Shaven, c’est justement le rapport entre ce qui se ressent et ce qui est réel, ce qui est mental et tangible. En somme, les risques de superposer deux mondes parallèles. Pendant que Peter part à la recherche de sa fillette, un meurtre est commis sur un enfant. Des détails troublants amènent un détective à s’identifier à la personne qu’il traque. Comme le spectateur qui va s’identifier au personnage de Peter dans sa quête absolue de recoller les morceaux dans sa triste vie.


  • logAudience