Dans
Angel, François Ozon plaque ses obsessions sur l’histoire tragique et ironique d’une écrivaine entre grandeur et déliquescence, parsemée de références cinéphiles et personnelles, et court-circuite le romantisme à l’eau de rose. Explications.
L’AMOUR A MORTNombreux sont ceux qui à la lecture du script risquent fort de s’attendre à une énième comédie romantique overdosée de niaiserie rose bonbon et de préciosité romantique. Il n’en est rien. Mieux, François Ozon, qui n’a jamais été très tendre avec les us et coutumes des genres qu’il a fréquentés, passe au hachoir les conventions de la nouvelle d’Elizabeth Taylor en furetant plus du côté d’un François Truffaut qui filmait dans
L’histoire d’Adèle H., une histoire d’amour non réciproque, et greffe des personnages secondaires qui ont la malchance d’être transis d’amour pour une personne qui ne les remarque même pas. Châtiant tout pathos, le film fait montre d’une froideur presque clinique et ausculte les charivaris de son héroïne de manière si pontifiante qu’ils en deviennent ouvertement ridicules. Mais il faut faire la distinction entre l’ironie et le cynisme. Depuis des lustres, François Ozon a aimé ce mélange de pastiche ironique justement et de raideur théorique qui interdit toute facilité. Depuis toujours bis, l’amour et la mort sont deux obsessions intrinsèquement liées (l’un ne pouvant s’épanouir sans être immédiatement rattrapé par l’autre) et reviennent de manière récurrente dans l’univers si singulier de François Ozon.
Pas la peine d’avoir attendu
Angel pour s’en rendre compte : dans
Regarde la mer, l’étrange attirance d’une routarde pour une mère de famille esseulée se mue en meurtre atroce ; dans
Sitcom, le père de famille assassine en plein rêve sa famille qu’il a trop chérie dans ses élans bourgeois ; dans
Les amants criminels, un jeune adolescent, prisonnier avec sa petite amie, souffre sous le regard voyeur d’un ogre des bois pervers ; dans
Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, un jeune homme et un transsexuel se donnent la mort à cause d’un bonhomme tyrannique qui les traite comme des moins que rien ; dans
Sous le sable, un fantôme d’amour hante le quotidien d’une femme qui n’arrive pas à faire son deuil ; dans
Huit Femmes, des femmes perfides se mènent la guerre pour trouver le coupable du meurtre de l’homme de la maison ; dans
5X2, une histoire d’amour est mise à mort – ou en situation d’échec, si on préfère – dès le départ par une construction scénaristique qui hache menu la bienséance narrative ; dans
Le temps qui reste, un cancer empoisonne un corps plus maître de ses désirs…