1. >
  2. >
  3. >
  4. >Dossier : Collection Serial Polar [page 1]

Dossier : Collection Serial Polar [page 1]

Par A. Masson, S. Barbusse - publié le 23 novembre 2007 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h35 - 0 commentaire(s)
Après avoir initié aux joies des classiques du cinéma russe et mexicain d’antan, Bach Films va fouiller dans un autre patrimoine, celui du film noir pour une collection foisonnante, exhumation de raretés, curiosités de grandes qualités. Mais aussi d’une pépite: L’incroyable Monsieur X.


Comme souvent chez Bach films, niveau quantité on ne fait pas les choses à moitié : la collection Serial polar de l’éditeur débarque avec treize films (!!!) en une seule livraison. L’intitulé lui-même n’est qu’un terme générique pour un immense fourre-tout, une caverne d’Ali baba où l’on fouille pour dégotter des raretés comme de purs classiques, de la série B majeure comme des films de catégorie A, du policier à l’américaine ou à l’italienne, des grands maîtres comme des petits. Le tout pour trois fois rien, l’autre spécialité de Bach films étant de proposer des DVD à des prix riquiqui. Mine de rien, cette politique du souk d’images est une révolution discrète : A moins de 10 € le DVD, cette collection (comme les autres de cet éditeur) vaut infiniment plus que les titres que l’on trouve dans les habituels bacs à soldes des supermarchés. Si les prix des galettes Bach sont bradés, la cinéphilie moyenne ne peut que s’enrichir lorsqu’elle peut piocher à volonté, comme elle ferait dans une bibliothèque garnie de bons romans de gare, dans cette malle aux trésors constitués d’incunables. La majorité des films ici présentés sont restés inédits en salles en France, où pour de rares cas sortis furtivement en un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Les voir réunis en une salve confirme pourtant une vraie cohérence à cette pléthore de titres : le sentiment d’être face à un pan de cinéma patrimonial, celui des années 40 et 50 tel qu’on le concevait dans les mini-studios.


Pour peu qu’on aie un équipement adéquat, à l’image de ces films (pas une installation high-tech dernier cri mais un home-cinéma de milieu de gamme, un canapé un rien usé) et on se croirait dans une séance perso de La dernière séance. Sans les commentaires d’Eddy Mitchell mais avec ceux de Stéphane Bourgoin, le spécialiste français des Serial Killer portant pour le coup casquette (et T-Shirt) de directeur de collection et François Guérif, patron de Rivages/noir. Les deux tauliers invitent même parfois des potes (Claude Mesplède, Jean-Pierre Bouyxou, Jean-Hughes Oppel…) pour alimenter la conversation comme à la maison. Pour un peu on se demanderait presque où sont passés les scopitones, les pubs d’époques. Pour ce qui est de l’attraction, elle est tenue par certains des films, entre franche excentricité et absolues curiosités. Ainsi de Barbe-Bleue et Le démon de la chair, deux réalisations d’Edgar G.Ulmer, qui ne sont rattachés au domaine du polar que par des extrapolations de thèmes. Le premier tient plus du feuilleton populaire avec son marionnettiste étrangleur de femmes dans un Paris du XIXe siècle au moins aussi fantaisiste que l’interprétation de John Carradine. Plus passionnant, le second se passe à la même époque mais aux USA, où Hedy Lamarr est incroyable en mante religieuse. Au rayon belles bizarreries pas-complètement-hors-sujet-mais-presque : un Mystère de la chambre close transposant le principe du classique de Gustave Leroux chez les privés à chapeau mou. A l’inverse de la réalisation de Michael Curtiz, génialement alerte. C’est du côté d’Agatha Christie qu’on ira volontiers voir avec l’amusant Ile dans la brume, sur laquelle un industriel se la joue vengeance à la Monte-Cristo en costume trois pièce. On comprendra aussi aisément pourquoi le Jack L’éventreur d’Hugo Frégonèse a séduit Bourgoin : le film esquisse autour d’un saisissant Jack Palance, les études psychologiques qui feront fureur dans les polars contemporains. En revanche, on se demande ce que vient faire dans une collection sous l’auspice du polar, La volonté du mort, le prenant film de Paul Leni tenant plus clairement du fantastique.


logAudience