1. >
  2. >
  3. >
  4. >Dossier : Le Kung-fu Selon Liu Chia-liang [page 4]

Dossier : Le Kung-fu Selon Liu Chia-liang [page 4]

Par Elodie Leroy - publié le 27 avril 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h36 - 0 commentaire(s)
Sous des dehors de purs divertissements, les films de Liu Chia-Liang véhiculent souvent des idées fortes qui finissent par prendre un sens sur la durée, au fil de sa carrière. A ce titre, Les 18 Armes Légendaires du Kung-Fu (1982) s'avère assez symptomatique de cette dualité, le film prenant l'apparence d'une comédie légère, voire burlesque, pour aborder des thématiques nettement plus sombres, telles que le fanatisme religieux, la manipulation des hommes de pouvoir sur les plus faibles ou encore l'obéissance aveugle des disciples envers leur maître. Se concluant par une séquence à la gloire des arts martiaux – la démonstration très pédagogique de l'utilité des différentes armes du kung-fu étant assurée par le réalisateur lui-même et son frère Liu Chia-Ying –, Les 18 Armes Légendaires du Kung-Fu explore aussi le conflit des générations et voit encore une fois le personnage féminin incarner la sagesse, face à des hommes belliqueux et orgueilleux. Un film somme qui synthétise à merveille ses thématiques tout en jouant la carte de la comédie pure, comme c'est notamment le cas dans cette scène absolument hilarante où Alexander Fu Sheng est victime d'un sortilège proche du vaudou. Les 18 Armes Légendaires du Kung-Fu pourrait aussi être qualifié de film familial puisque l'on y retrouve les habitués de la maison, le cinéaste et ses deux frères Gordon Liu et Liu Chia-Ying mais aussi Kara Hui, Hsiao Hou, Fu Sheng ou encore Lin Ke Ming.


Wong Yu, Kara Hui et Gordon Liu dans LE PRINCE ET L'ARNAQUEUR

Les 8 Diagrammes de Wu-Lang est l'une des dernières œuvres majeures de Liu Chia-Liang avant que sa carrière ne s'enlise. Le cinéaste revient vers un univers plus masculin (même si Kara Hui est toujours présente) à travers ce film nettement moins humoristique que les précédents et qui met en scène Gordon Liu dans une classique histoire de vengeance. Résolument sombre cette fois, le scénario ne se démarque pas par son originalité – le thème ayant déjà été mille fois exploré par de nombreux films du genre –, mais les scènes d'action s'avèrent une fois de plus incroyablement maîtrisées, même si nettement plus sanglantes qu'à l'accoutumée. Une fois encore, les chorégraphies virtuoses sont mises en valeur par le sens inné du mouvement et du cadrage qui caractérise le réalisateur.


Gordon Liu dans LES 8 DIAGRAMMES DU WU-LANG

1986 - 1990 : La fin d'une époque
Après avoir conclu la trilogie des Shaolin avec Les Arts Martiaux de Shaolin (1986), perle du genre dans laquelle il dirige Jet Li et Hu Jian-Qiang dans une confrontation entre le style du nord et du sud puis dans des scènes de batailles époustouflantes, Liu Chia-Liang subit de plein fouet le déclin du cinéma d'arts martiaux. Son approche de la discipline ayant toujours été celle d'un puriste, il peine à trouver l'inspiration dans le cinéma de la fin des années 80, lequel est alors dominé par des productions contemporaines. Il signe quelques films contestables tels que l'infâme Tiger on the Beat (avec Chow Yun-Fat) qui comporte bien une ou deux scènes d'action sympathiques (notamment le final avec les tronçonneuses) mais dont le machisme a de quoi choquer, en plus d'aller exactement à l'encontre des idées prônées dans les œuvres précédentes du maître. La séquelle du film n'est guère plus présentable et les réalisations de Liu Chia-Liang s'espacent de manière vertigineuse. Même lorsque Tsui Hark renouvelle le genre avec Il était une fois en Chine, il ne semble pas parvenir à s'adapter aux nouveaux standards, contrairement à ses confrères Jackie Chan, Sammo Hung ou encore Yuen Wo-Ping. Liu redevient même simple chorégraphe sur les films des autres, comme en témoignent sa collaboration avec l'équipe de Corey Yuen Kwai et David Lai sur Operation Scorpio (1992), film qui possède cela dit en passant son comptant de séquences mémorables, ou encore son incursion dans l'univers de Johnnie To dans The Bare-Footed Kid (1993). Enfin, on le retrouve aux côtés de Jackie Chan dans le mémorable Drunken Master II dont le tournage se déroule tellement mal qu'il finit par être éjecté de la production par la star. Liu n'innove guère avec son oubliable Drunken Monkey (2002), film de kung-fu mêlant arts martiaux et effets spéciaux dans lequel il partage la vedette avec le très bon Wu Jing.
C'est finalement Tsui Hark qui permet à Liu Chia-Liang de sortir de l'ombre (après une difficile lutte contre le cancer) et de se rappeler au bon souvenir de ses nombreux fans grâce à Seven Swords, belle et originale transposition chinoise des Sept Samouraïs. Acteur dans le film, Maître Liu a toujours la forme dans le rôle de l'un des sept guerriers décidés à défendre le village des pillards…


Liu Chia-Liang dans SEVEN SWORDS

De par son approche résolument traditionnelle de la discipline à laquelle il a consacré toute sa vie, Liu Chia-Liang symbolise une époque révolue du cinéma hongkongais d'arts martiaux, et cela même si les histoires et les personnages peuvent potentiellement parler à tous grâce à la volonté constante du cinéaste de divertir son public. Une page de l'Histoire a été tournée, et même si l'on est un puriste des arts martiaux, il ne sert à rien d'être passéiste et de refuser les évolutions récentes du cinéma qui tendent à intégrer de plus en plus d'effets artificiels dans les combats – une démarche qui peut aussi donner lieu à de belles expériences visuelles. Toutefois, quand il s'agit de richesse stylistique, de maîtrise de coordination et de la mise en scène des combats sur le grand écran, il n'est pas interdit de considérer que les œuvres phares de Liu Chia-Liang restent indémodables et que le Maître n'a pas encore trouvé de digne successeur au cinéma.


logAudience