Est-ce qu’entre temps l’expérience d’un petit exercice de style comme Marebito vous a été bénéfique ?Oui. D’ailleurs, j’ai l’intention de retourner vers ce genre de petits films. Deux films que j’ai actuellement en projet sont issus de ce mouvement. L’année dernière, j’ai tourné un film autoproduit qui ressemble plus ou moins à une comédie absurde. Le dénominateur commun entre tous mes films reste «l’expérience de cinéma». Dans
Réincarnation, j’ai expérimenté autour de la mise en abyme. J’avais envie que le spectateur soit un peu dérouté par rapport à ce processus de mise en abyme. Le fait de voir se dérouler sous ses propres yeux un tournage alors qu’il est en train de regarder un film est très déroutant. Selon moi, ce sujet pouvait créer des connexions intéressantes.
A tel point qu’on se demande s’il faut chercher à comprendre.Exactement. C’est le but de
Réincarnation : perdre totalement le spectateur pour qu’il se demande lui-même s’il est en train de regarder un film. La confusion provient du fait qu’on ne sait pas si les événements arrivent au personnage ou à l’actrice, s’ils se déroulent dans le film ou ailleurs. Il n’y a pas moins de trois mondes qui se côtoient et je trouvais la confusion entre les trois mondes passionnante.
Vous aimez le mélange des mondes au sens littéral comme figuré. Je continuerai à travailler au Japon, aux Etats-Unis et même ailleurs si le projet me donne envie. Je ne me fixe pas de limites par rapport à ça. L’adaptation à la langue et à la culture du pays est toujours difficile mais je trouve ça passionnant. Comme mon métier me le permet, je vais continuer. En ce qui concerne les Etats-Unis, je me souviens qu’à la fin du tournage du premier
The Grudge, je m’étais dit que plus jamais je ne retournerai aux Etats-Unis. Finalement, j’y suis retourné. Cela signifie probablement que je m’y suis quand même bien amusé. Quand on fait un travail qui nous plaît, on a beau râler un peu à cause de certaines complications. Peu de temps après, on se rend compte que ça faisait partie du jeu et que c’était vraiment intéressant.
Dans tous vos films, ou presque, le contenu est hybride. Il y a une substance très théorique où vous semblez réfléchir sur la structure et un sens aigu de l’atmosphère qui prend souvent à contre-pied (le cadre est souvent rassurant). D’où puisez-vous ce goût de l’horreur aussi complexe ?La théorie vient de mon goût pour l’expérimentation, le fait de disséquer les mécanismes de la peur. C’est pourquoi je cherche à créer des images qui font peur et en même temps de les décomposer pour les analyser. Ce genre de procédé me passionne. Pour l’atmosphère angoissante, je m’inspire juste de mes propres peurs qui ne sont pas liés aux chats ou aux fantômes mais plus à la part sombre de l’être humain. A savoir ce que l’on a à l’intérieur de nous et que l’on refuse de voir. En somme toutes les choses refoulées.
Propos recueillis par Romain Le Vern