Difficile retour aux sourcesRocky 5Rocky 5, en 1990, était un bel exercice, un film très perfectible, mais qui tentait enfin de revenir aux sources. Stallone a dû se rendre compte qu'il avait poussé le bouchon un peu loin. Ainsi il tente de retrouver l'esprit du premier volet avec déjà cette volonté de bien finir sa saga, de lui apporter une conclusion digne. On reprend comme il est d'usage dans les quatre premières suites directes juste après le combat contre Drago. Rocky a pris quelques mauvais coups, qui lui ont laissé quelques lésions cérébrales. Ça permet à Stallone de retrouver la caractéristique originale de son personnage, cette simplicité et cette vulnérabilité qu'il planque sous la tchatche. Ensuite Rocky est ruiné par un comptable véreux. Il est contraint de vendre tout de son ancienne vie clinquante aux enchères et de revenir à la case départ, à ce vieux quartier de Philadelphie, toujours aussi délabré qui nous avait tant manqué lors des deux précédents opus. Le cinquième épisode, conçu pour être le dernier est donc bourré de clins d'oeil à la « mythologie » de Rocky. Burgess Meredith y refait une apparition lors d'un flash back assez émouvant. Adrian est toujours celle qui a la raison mais elle ne connaît plus cette dérive ou elle était volontaire et battante. Tout le monde redevient humble et le retour est brutal.

Le problème du film en dehors de cette volonté salutaire de revenir à un peu d'authenticité, c'est son ressort dramatique extrêmement faible. Ce passage de flambeau poussif où Rocky veut devenir l'entraîneur d'un jeune boxeur qui en veut, Tommy Gunn. Délaissant son fils, il se consacre à ce poulain ingrat, manipulé par un promoteur franchement trouble (rappelant franchement Don King). John Avidsen, réalisateur du premier opus, est de retour derrière la caméra. L'effort est louable, le retour aux sources plein de promesses pourtant... Le centre du film se déplace sur la progéniture de Rocky (celle de Stallone aussi), une relation père-fils qui fonctionne assez mal et n'émeut pas autant qu'on le souhaiterait. D'autre part, l'erreur est de ne pas faire vraiment reprendre Rocky et de se concentrer sur ce poulain qui se retourne contre lui.
On retrouve certainement l'ambiance mais pas tout à fait l'esprit.
Rocky V laisse un goût inachevé, amer, car il n'apporte pas grand chose, on ne retrouve pas vraiment le héros, ni cette dynamique qui lui est propre. A noter que le combat attendu à la fin qui cristallise habituellement toutes les émotions, devient ici une bagarre de bar et de rue particulièrement ratée et frustrante. C'est ce qui ressort de ce cinquième épisode: de la frustration. Quelque chose manque, ce personnage qui renaît de toutes les ruines avec un coeur gros comme ça et une générosité à vous foutre les larmes aux yeux.

L'intention est là, bonne et sous exploitée, corrompue par un « place aux jeunes » très conformiste. Sauf que personne ne veut que Rocky cède sa place en sortant par la petite porte. Ça manquait de superbe. Outre les deux jeunes gens, acteurs assez médiocres, on passe notre temps à attendre que Rocky s'y remette envers et contre tout. Ça arrive un peu, mais n'importe comment, sans les points de repères dont le film est parsemé par ailleurs. Stallone a compris la dimension ultra nostalgique de son héros, ultra identitaire aussi, mais il l'a étrangement laissée de côté sur cet opus. On exigeait un retour, un dernier rappel, un vrai baroud d'honneur. Il fut grand.