Par - publié le 14 août 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h30 - 0 commentaire(s)
En s’appuyant sur un roman de Robert A. Heinlein où l’auteur brûlait des araignées au second degré, Paul Verhoeven a signé avec Starship Troopers, l’un des divertissements US les plus pervers et controversés de l'histoire. A force de le voir à répétition, on finit par déceler son humour et ses inquiétudes. Double face d’un provocateur au rire angoissé, qui n’est pas né de la dernière pluie et a, comme d’habitude, dépasser les bornes du sexuellement correct. A l'occasion de la sortie de Starship Troopers en Blu-Ray et de son test complet, retrouvez ci-dessous et dans les pages suivantes un dossier complet sur Paul Verhoeven. Avant, pendant et après.


Sur la papier, ça donne ça: «Dans un futur lointain, les États de la Terre se sont regroupés au sein d'un État mondial, la Fédération, qui s'est étendue hors de la planète Terre et se trouve menacée par des insectes extraterrestres géants, qui lancent des attaques ponctuelles depuis leur planète baptisée Klendathu». Truc classique et déjà vu? A l’écran, ce serait oublier que Paul Verhoeven, spécialiste ès divertissements ricains sournois (Robocop, Basic Instinct, Showgirls) où le spectateur est renvoyé à son état de consommateur, de voyeur et de gros con, tient la caméra et qu’avant d’atterrir sur cette terre sainte, il a réalisé dans son Pays-Bas natal des objets totalement décomplexés où le sexe, la perversité, l’humour et l’amoralité tenaient une grande place. Sur Starship Troopers, pas de naïveté possible, on nage en plein cynisme. Quelques exégèses US ont eu la mauvaise idée de traîner plus bas que terre le Hollandais violent et de colporter l’idée selon laquelle Starship Troopers serait un film fascisant voire néo-nazi, sous prétexte que les militaires gradés du film portent des vêtements de la Gestapo. Une connerie de plus et ce serait arguer que les Américains sont incapables de voir l’image qu’on leur renvoie. L'image d'un fascisme rampant dans lequel ils se complaisent. Or, il faut surtout voir en Starship Troopers un film boomerang, pas fair-play, pas gentil, pas McDo, qui revisite le cinéma américain (comédie sentimentale, film de guerre, western). Qui rend autant hommage à Kubrick qu’à Beverly Hills 90210 (la culture est si vite digérée de nos jours que tout ressemble à n’importe quoi). Qui détruit Bush. En somme, qui grossit les poncifs pour mieux les détourner avec une intelligence empêchant le couplet anti-ricain primaire. Auquel cas le film se serait étouffé dans son propre rire.


La bonne idée, c’est que toute la sève railleuse se situe dans les rouages du divertissement. L’utilisation des effets spéciaux qui ont pour mission de foutre la poudre aux yeux répond à une logique qu’on ne saisit que si on connaît le background du cinéaste. Les créatures deviennent inhumaines par le simple pouvoir du numérique. Comme toujours chez lui, on peut s’amuser des sous-entendus, ne serait-ce que lorsque les personnages prennent des douches collectives sans rien ressentir pour leur partenaire du sexe opposé. Les corps sont asexués, déshumanisés comme les effets numériques. Si les personnages, dévorés par des réseaux de communication déployés à l’envi, peinent à jouir, c’est peut-être qu’ils n’ont plus de désir et donc plus d’âme. Et ce n’est plus la peine de croire aux amourettes de cours de recré. Toute la première partie proche du sitcom neuneu est d’ailleurs tellement tarte qu’elle génère l’hilarité. Elle se déroule idéalement avant que nos Brenda et Brandon découvrent la dure réalité d’un monde virtuel, d’une vie inhumaine qui leur rappelle que papa et maman ne sont plus là pour payer leur loyer à la fin du mois.

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