Revenons sur la carrière de l'un des comédiens les plus importants de sa génération. Il se destinait d'abord à l'histoire, a passé sa maitrise à Yale. Puis il est devenu un solide acteur de théâtre, avec un registre qui allait se révéler immense au cinéma (où il a commis très peu de faux pas).
PEUR PRIMALE : TRES CLASSE
Film marquant qui imposait d'emblée
Edward Norton au cinéma en 1995. Après s'être formé sur les planches, il fait une entrée fracassante sur grand écran. Il est ici Aaron Stampler, provincial accusé du meurtre d'un prêtre pédophile. Un avocat mégalo, toujours en quête de célébrité (Richard Gere qui retrouvera d'ailleurs ce genre de personnage dans
Chicago) se charge de le défendre. Le film se fonde avant tout sur l'ambiguïté des personnages et l'ambivalence de leurs liens, annonçant en cela à peu près tous les rôles futurs du jeune Edward, passé maitre pour évoquer la part trouble des personnalités. Stampler est instable, tour à tour violent ou profondément attachant, il a de plus une personnalité multiple. Le comédien peut donc faire passer son rôle par tous les états, par toutes les humeurs, lui faire traverser un large spectre d'émotions et en maintenir l'unité. Norton joue avec les extrêmes avec un sens de la nuance et de la cohérence tout simplement exceptionnel. Tout est déjà là, la suite confirmera l'ampleur de son registre hors du commun.
TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU : GRANDE CLASSE
Norton jouait ici le fiancé bien sous tous rapports (et donc totalement insipide) de
Drew Barrymore. Dans la comédie musicale de
Woody Allen, il incarnait ce personnage naïf, godiche, maladroit et réservé, tout en poussant la chansonnette avec une belle conviction. Le film est un pur moment de grâce, l'une des plus belles réussites du cinéaste, profitant d'un casting prestigieux (Goldie Hawn, Alan Alda, Tim Roth, Julia Roberts et l'adolescente
Natalie Portman). On y visitait New York, Paris, Venise, on y souriait de toutes les situations. Pour résumer, la grande classe.
LARRY FLINT : TRES CLASSE
Milos Forman évoque ici le destin du sulfureux fondateur de Hustler.
Edward Norton était confronté à
Woody Harrelson, qui n'a pas son pareil pour jouer les déjantés (et qui livre là l'une de ses plus belles performances), et Courtney Love, sa femme sexy et destroy. Lui est l'avocat coincé du grand homme. Il n'apprécie d'ailleurs guère les agissements et les provocations incessantes de son illustre client qui semble par moments totalement irresponsable et hors de contrôle. Cet homme de loi est un homme éduqué et mesuré, raisonnable et prude, qui tente de recoller les morceaux et de défendre la liberté d'expression forcenée de Flynt. Cela le mènera à plaider devant la Cour Suprême. Le jeu de Norton est retenu et offre un contraste fort avec celui de ses partenaires extravagants.
LES JOUEURS : CLASSE
Un très bon film sur le poker qui montre à quel point le démon du jeu s'empare de certains individus, agissant comme une drogue.
Matt Damon y est un joueur virtuose. Mais il a juré de se tenir à l'écart des cartes pour ne pas répéter les erreurs passées, dont une partie en particulier, qui lui a couté tout ce qu'il avait. Mais quand son vieil ami
Edward Norton sort de prison, tout change. Ce dernier ne vit que pour plumer les pigeons, faire des combines et tricher périodiquement au poker. Le passé de Damon le rattrape. Norton ne tarde pas à contracter des dettes irrémédiables et dangereuses. Il est énergique et convaincant dans la peau de cet irrécupérable loser, de cette petite frappe combinarde. Il est de ces gens qui jouent sans cesse avec le feu, inconscients du danger qu'ils font peser sur eux.
Matt Damon est un jeune homme brillant (proche du personnage qu'il a créé dans
Will Hunting). A noter également la très belle prestation de
John Malkovich en mafieu russe dangereux et fantasque. Un bon film de John Dahl (également réalisateur de l'excellent
Kill me Again, hommage aux films noirs d'antan).