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Fatih Akin, La Camera Entre Deux Rives [page 3]

Par - publié le 15 mai 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h55 - 0 commentaire(s)
Comment écrivez-vous vos scénarios ?
Je ne choisis pas de sujets. Je me laisse guider par l’instinct. Je savais dès le départ que je voulais réaliser une trilogie et que le premier volet serait Head On. Mais je ne savais pas à la fin du tournage précédent sur quoi j’allais rebondir. Au départ, je voulais adapter un roman. Je me suis rendu compte que c’était la croix et la bannière pour en détenir les droits. Je me suis alors décidé à écrire tout seul.


La mondialisation semble vous poser problème...
Ça ne me pose pas de problème, c’est un fait. Il y a tellement d’injustices dans le monde que vous ne pouvez pas lutter contre toutes. C’est hallucinant de se dire qu’en Europe, on trouve des bouteilles d’eau aussi facilement qu’on veut et que dans certains territoires d’Afrique, l’eau manque. La globalisation a été créée par l’être humain et elle est souvent mal utilisée. Mais si on l’utilisait intelligemment, on résoudrait alors de nombreux problèmes. L’autre aspect négatif de la mondialisation, c’est la manipulation des masses ou comment on peut influer sur l’opinion des gens en les prenant pour des imbéciles. Quand vous voyez un film comme Les fils de l’homme, de Alfonso Cuaron, vous avez tout compris. Techniquement, c’est indiscutable. Mais son propos l’est tout autant. Ce qui est incroyable, c’est que le film est censé se dérouler dans un futur proche alors qu’il montre ce que nous ne voulons pas voir aujourd’hui.

Cuaron décrit Les fils de l’homme comme un film où luit l’espoir. De la même façon, doit-on considérer De l’autre côté comme optimiste ?
Je suis d’accord avec lui. Comme Les fils de l’homme, De l’autre côté est un film optimiste malgré certaines situations épouvantables. Moi-même, je serai incapable de me définir comme pessimiste. J’ai vu des documentaires édifiants, j’en réalise aussi, je lis beaucoup d’articles de journaux, je voyage beaucoup. Et en regardant l’état du monde, il est difficile de paraître optimiste. Mais il ne faut jamais perdre espoir. Sinon, c’est la fin de tout. C’est le message de De l’autre côté si on doit en trouver un. Je montre les événements tels qu’ils sont et comment ils se répercutent sur des êtres humains. Je ne cherche pas à amplifier la réalité et à utiliser le cinéma comme art du mensonge. Je tiens certainement ça des documentaires que j’ai réalisés.


Vu que Head On était tourné en Allemagne et que De l’autre côté se situe à mi-chemin entre l’Allemagne et la Turquie, la logique veut que le dernier épisode de votre trilogie s’achève en Turquie.
Ce serait logique mais pour le moment je planche sur une autre idée : tourner un film sur l’immigration aux Etats-Unis. Je ne vends pas mon âme au diable, si ça peut vous rassurer. Je veux juste continuer à réaliser des films d’auteur qui parlent plus avec le cœur qu’avec l’argent.
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