Gael Garcia Bernal a le don d'endosser des rôles absolument hors normes. Travesti troublant pour Almodovar, dans l'univers des chiens de combats pour Alejandro Gonzales Inarritu, rêveur lunaire pour Michel Gondry ou encore en Che Guevara jeune et idéaliste pour Walter Salles, il privilégie les personnages complexes et anticonformistes. Il parvient à maintenir un jeu absolument juste et sobre, en toutes circonstances. Ainsi il incarnait un terrifiant tyran dans
Blindness de Fernando Meirelles (sortie le 27 mai en DVD, Blu-Ray), donnant à ce « roi du dortoir n°3 » une dimension monstrueuse en même temps que portraiturant la déchéance d'une humanité encouragée dans ses pires travers.
Incarner l'ambiguïtéNé en 1978 au Mexique,
Gael Garcia Bernal est fils d'acteurs et a donc connu les feux de la rampe assez tôt. Ainsi c'est à 9 ans à peine qu'il s'initie à la comédie en apparaissant aux côtés de la jeune Salma Hayek dans le soap
Teresa. A 12 ans, il apparaît dans une autre série « El abuelo y yo ». On le remarque dans des courts-métrages (
De Tripas, Corazon en 1996). Se consacrant également au théâtre, il a joui très tôt d'une notoriété certaine au Mexique. Il est parti à Londres pour y parfaire son art à l'âge de 17 ans.
Alors qu'il n'a pas encore achevé ses études, il revient au Mexique pour y tourner
Amours Chiennes de
Alejandro Gonzalez Inarritu. Trois destins se rencontrent à la faveur d'un accident de voiture. On découvre la technique narrative du cinéaste, structurant son histoire autour d'un élément qui lie les personnages entre eux (comme le coeur de
21 grammes ou le fusil de
Babel). Ici, Gael incarne un jeune homme issu des quartiers pauvres, inscrivant son molosse à des combats de chiens pour en tirer quelque argent. Entre rage et sensibilité, son interprétation joue sur l'ambiguïté et la nature trouble du personnage (qui veut s'enfuir avec sa belle soeur, enceinte : si le moyen pour y parvenir est assez abject, son but est pur). Il exprime donc la violence en même temps que la pureté. L'acteur gagne avec ce film primé un peu partout (notamment aux oscars), une stature internationale.
Le cinéaste Alfonso Cuaron, admiratif de la prestation du jeune homme, l'engage pour
Y tu mama tambien. Formant un duo d'une alchimie admirable avec son vieil ami Diego Luna (qu'il a croisé en son jeune temps, dans une série),
Gael Garcia Bernal s'impose définitivement comme une valeur sûre. L'histoire est de prime abord assez simple : deux ados partent sur la route accompagnés de Luisa, une femme plus âgée qu'eux. On sent la tension érotique, les différences sociales dans le trio, la hantise de la mort. Le personnage de Luisa est sombre, a accepté le périple pour changer radicalement de vie, tandis que les deux compagnons ne veulent que profiter de ses faveurs. Ces motivations opposées fondent le récit. Bernal est d'une énergie, d'une fraîcheur et d'un naturel irrésistibles. Il confère à ce jeune homme toute sa sensibilité. L'oeuvre est riche d'une sensualité affirmée, de scènes de sexe explicites. Mais il s'agit avant tout d'une quête initiatique, dans l'urgence et la fougue de l'adolescence qui mène au désenchantement. Cuaron dresse de cet âge un tableau énergique et tragique, cru, sensuel, fébrile.