La passion caractérise Guillaume Canet. Son cinéma est intense, particulièrement en tant que réalisateur. Son visage est devenu au fil du temps incontournable dans la génération montante (comme celui de Romain Duris). Il est emblématique du cinéma français tel qu'il est aujourd'hui et tel qu'il pourrait devenir, si les choses tournent bien (ses films
Mon Idole et
Ne le dis à Personne sont porteurs d'un nouveau souffle). Il a une carrière en deux temps. D'abord, il est acteur, repéré assez vite comme meilleur espoir masculin (auréolé en 2000 du prix Jean Gabin) mais également catalogué un peu trop rapidement comme valeur bankable, jeune et cool (lorsqu'il participa à
La Plage de Danny Boyle). Il est aussi un cinéaste investi qui reçut des louanges à sa première réalisation et pas mal de lauriers mérités pour
Ne le dis à Personne. Guillaume Canet s'est révélé peu à peu comme un artiste exigeant et ambitieux, totalement dévoué au cinéma.
Se destinant d'abord à l'équitation, il se tourne vers la carrière d'acteur après une mauvaise chute et rejoint le cours Florent. Il garde un excellent souvenir de l'une de ses premières expériences dans
Barracuda de Philippe Haim en 1997. Il y donnait la réplique à Jean Rochefort, vieil homme esseulé et bougon, qui cherchait à tout prix à se lier d'amitié avec son jeune voisin dessinateur de BD (emploi récurrent dans la carrière de Canet). Leur face à face prend un tour inattendu, terrifiant et oppressant à l'écran, dans un film à redécouvrir. La complicité entre les acteurs est évidente (partageant dans la vie la même passion pour les chevaux). Guillaume impose un type de personnage qui lui restera longtemps: un jeune un peu naïf pris dans la folie d'un monde qui peu à peu devient dingue (ici sous l'emprise de Rochefort comme il sera sous celle de Berléand dans
Mon Idole).
Ensuite il continue de se constituer une famille de cinéma auprès de Pierre Jolivet avec qui il collaborera à deux reprises en tant qu'acteur dans
En plein cœur (remake d'un film de
En cas de malheur de Claude Autant-Lara) et
le Frère du Guerrier (l'un des films les plus réalistes sur le moyen-âge du 13ème siècle). Le réalisateur sera également son conseiller technique sur son premier long métrage,
Mon Idole. Dans
En Plein cœur, il est le petit ami de Virginie Ledoyen. Gérard Lanvin, incarnant un avocat à la vie bien installée, s'est entiché d'elle et se risque dans son monde. Il y a de la fièvre dans ce film, une absence de concession qui caractérise le cinéma de Jolivet. Lanvin s'enfonce dans cette liaison dangereuse, dans ce monde où il est un intrus. Pourtant il vient de là. Canet est une petite frappe et agit comme le reflet de celui qu'il fut, tout comme Ledoyen. Cela se transforme en recherche du temps perdu : un homme mûr veut retrouver le goût de sa jeunesse quitte à tout risquer. C'est noir, désespéré, passionné. Canet dégage ici une énergie brute, une violence contenue, une malice d'escroc que l'on retrouvera également. Il fait parfois songer à l'intensité et aux explosions de Dewaere (qu'il cite volontiers comme l'une de ses grandes influences). Il impose en tous cas définitivement sa présence.