Avec
Ne le dis à personne, la perception de l'acteur Guillaume Canet a évolué. On le voit dans des univers plus sombres, loin du personnage naïf qu'il a souvent été. Cela a commencé a changé avec
Mon idole et son ton décalé, qui a sans doute révélé Canet sous un nouveau jour et lui a permis d'appréhender
Narco et son univers totalement barré. Ainsi, le parcours de l'acteur et du réalisateur sont intimement liés.
Guillaume Nicloux lui confiait un rôle dans
La Clef. Il retrouve une nouvelle fois un peu de sa famille de cinéma, des visages qu'il a croisés auparavant, Jean Rochefort ou Marie Gillain. Il rejoint des acteurs que Nicloux a employés de manière inattendue (dans une démarche d'ailleurs assez proche de la sienne) comme Josiane Balasko ou Thierry Lhermitte. Les participations de ces derniers se justifient par le fait que ce film est la conclusion d'une trilogie, commencée avec
Une Affaire privée, poursuivie avec
Cette Femme là. Le film est cependant centré autour de Guillaume Canet, jeune homme contacté un jour par un homme mystérieux (Rochefort) pour prendre possession des cendres de son père. Il quitte sa vie confortable pour plonger dans une histoire étrange, faite de malaise et de rencontres envoûtantes (avec Vanessa Paradis toujours touchante, avec ce quelque chose de brisé qu'elle incarne si bien) et dangereuses (Jean Rochefort qui retrouve un rôle inquiétant). Il doit affronter le passé de son père, le découvrir et en subir les conséquences. Canet a souvent joué ce genre de personnage. Mais l'atmosphère est noire, l'histoire alterne parfois les points de vue et les temporalités (Lhermitte à la recherche de sa fille campée par Vanessa Paradis, celui de Balasko qui enquête sur une affaire impliquant le père de Canet en 1976). L'existence du héros est totalement bouleversée, pris au piège d'une sombre machination. Le récit est complexe, alambiqué, labyrinthique, déconcertant parfois, oppressant comme une plongée dans ce qu'il est bon de ne jamais explorer, dans une nuit fascinante, ensorcelante, où la réalité perd ses repères et devient glauque, cauchemardesque. Ce voyage au bout de la nuit questionne la filiation et l'intimité profonde de ses personnages. La progression est captivante pour peu qu'on s'y laisse entraîner.

Guillaume Canet comme acteur et surtout comme réalisateur représente un nouveau champ des possibles. Celui d'un cinéma français enfin décomplexé, qui oserait enfin aborder les oeuvres de genre, toujours avec une grande intégrité. Ce qui ressort de sa carrière c'est avant tout cette volonté. Prendre un nouveau souffle. Sortir de l'académisme, de la bienséance ou des conventions, s'approprier le cinéma, se définir par lui, jouer avec ses possibilités, se consacrer à des oeuvres qu'on aime, en assumant fièrement ses références. Il a exploré déjà pas mal de chemins surprenants, en a défriché quelques uns comme cinéaste. Il n'en est qu'au début. Et c'est porteur d'espoir dans un cinéma français qui cherche à prouver sa légitimité en permanence.