1. >
  2. >
  3. >
  4. >Gunslinger Girl, Les Jeunes Filles Et La Mort [page 1]

Gunslinger Girl, Les Jeunes Filles Et La Mort [page 1]

Par David A. - publié le 18 novembre 2008 à 09h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h39 - 0 commentaire(s)
Perle de l’animation japonaise, cette série de treize épisodes sort complètement des chemins balisés des histoires conventionnelles. Loin des titres qui accumulent les scènes d’action sans véritable discernement, Gunslinger Girl s’attache au contraire à installer un climat, une atmosphère, un contexte, d’autant plus déstabilisant que la série exploite la réalité quotidienne d’une Italie contemporaine, celle d’un pays ravagé par la mafia et la corruption. Sur ce point de départ fort peu original, Gunslinger girl, dont la série est l’adaptation du manga éponyme de Yu Aida, développe le concept d’une biotechnologie révolutionnaire qui permet au gouvernement italien, par l’entremise d’une organisation secrète nommée la section 2, de modifier le corps de quelques jeunes filles condamnées en machines à tuer implacables et surhumaines. Evaluées, entraînées et commandées chacune par un tuteur particulier, ces jeunes filles se confrontent au monde violent du terrorisme malgré leur corps chétif et leur regard innocent. Merveilles de l’alliance entre la médecine et la haute-technologie, ces corps dénaturés sont pourtant des êtres à part entière, qui pensent et ressentent, une attitude qui complique parfois leur travail et entre souvent en conflit avec leur statut d’arme de guerre. Ces jeunes filles porte-flingues, insensibles devant la mort semée, s’émerveillent parfois devant le spectacle majestueux de la nature et des étoiles. Elles portent en elles-mêmes la contradiction de la recherche de l’innocence et de l’harmonie dans un monde qui refuse totalement la paix.



Au centre de l’histoire se focalisent les relations intimes de chaque fillette et de son tuteur, des relations complexes, parfois fusionnelles mais aussi conflictuelles, la série dépeint un entrelacs de personnalités fortes et fragiles entre les agents et leurs protégées. Le personnage principal de cette histoire se prénomme Henrietta. Victime d’un tueur en série qui a massacré toute sa famille, l’organisation l’a confiée à José, son tuteur, un jeune homme calme et posé qui prend soin de sa nouvelle partenaire en lui évitant au maximum les lavages de cerveau, nécessaires parfois après les missions ou lorsque des symptômes d’un comportement déviant se manifestent. Pour José, l’équilibre mental de ces robots-enfants se trouve plutôt dans l’écoute et l’attention. Henrietta témoigne d’une nature plutôt fragile et complexée, seule l’affection que lui porte son tuteur lui permet de surmonter le stress, les doutes et les obstacles. La nature de leur relation est ambiguë, et la série touche là à un thème délicat, celui de l’amour qu’une fillette porte à un adulte, un amour plus proche de l’admiration et de la dévotion mais qui par moment peut prêter à d’autres interprétations. Extrême touche de délicatesse, Henrietta cache son fusil-mitrailleur dans une mallette pour violon car elle manie tout aussi bien l’archet que la gâchette.



De même la violence contre les enfants est clairement utilisée dans la série. Jean, un autre agent de l’organisation et le propre frère de José, n’hésite pas à réprimander physiquement sa partenaire, la jeune Rico. Dans l’internat où les jeunes filles co-habitent toutes, il n’est pas rare d’apercevoir le visage de Rico tuméfié par les coups. Autoritaire et insensible, Jean ne voit en Rico qu’une machine, une arme dont il doit se servir pour mener à bien ses missions. Il exige de sa « petite sœur », une obéissance totale et des résultats parfaits dans tous les domaines. La plupart du temps leur entente est idéale et Rico apprend beaucoup à son contact. L’on touche là à la problématique même de la série : ces êtres sont-ils encore des enfants ou des outils dont le gouvernement peut disposer comme il l’entend ? Conditionnées physiquement et psychologiquement, sont-elles encore des petites filles dans l’âme ? L’animé laisse à chacun la liberté de dresser ses propres conclusions.


logAudience