Vous avez écrit le rôle de cette manipulatrice, de cette séductrice, un brin femme fatale pour Audrey Tautou, qu’est-ce qui vous inspirait en elle ?Je ne sais pas vraiment, j’étais certain que c’était elle, je n’avais aucune crainte. Au travers de certaines photos, de certaines scènes, d’un abandon, je la voyais dans ce rôle, je sentais sa sensualité. Elle a un visage lumineux et j’aime cette dualité qu’elle possède en elle, une réelle fragilité derrière un côté fonceur, ce que je voulais pour le personnage d’Irène. Elle n’est pas aussi cruelle qu’elle veut bien le laisser paraître, aussi vénale, il fallait qu’on le sente dès le départ. Pour moi Audrey pouvait incarner cette opiniâtreté et je me doutais qu’elle imposerait sa grâce et son élégance en se moulant dans les costumes. Elle a en même temps un vrai sens de l’humour et de l’ironie, une fantaisie primordiale pour le personnage. Et j’ai écrit tout le scénario avec une photo d’elle au dessus de mon bureau !
Et dans la personnalité de Gad Elmaleh, qu’est-ce qui vous attirait puisqu’elle vous a également guidé pour écrire ce rôle ?Je ne peux pas en parlant de Gad me distancier d’une image qui est celle d’un corps burlesque, dont il sait parfaitement se servir. Je suis allé voir son spectacle avec mon coscénariste et dans la composition pure je l’ai trouvé extraordinaire. J’ai senti qu’il pourrait passer d’une figure à l’autre, qu’il entrerait, par exemple, avec facilité dans la peau du prince à la fin, qu’il y avait une vraie démarche à faire autour de la timidité. C’est un corps, un physique malléable, il peut tout aussi bien être invisible, derrière un bar, et brusquement irrésistible, d’une folle présence dans son costume. Je l’avais trouvé d’une classe folle aux Césars, il ressemblait à ces acteurs élégants des années 30/40. Il fallait qu’il ait un côté magique, c’est lui qui la sauve à la fin, avec majesté. J’aime l’idée que la femme que l’on aime soit une muse, qu’elle nous donne des ailes, comme dans
Sérénade à trois de Ernst Lubitsch, qu’elle soit la voie de la réussite. C’est l’effet qu’elle a sur lui, mais il lui permet aussi de se libérer.
« J’aimerais, je voudrais »… qu’est-ce que vous aimeriez, là, maintenant ?Que ça marche… Et surtout que les spectateurs dépassent la simple trame narrative. S’ils s’arrêtent à une simple comédie, une histoire d’amour qui se passe juste dans les hôtels de luxe, alors j’aurai raté ce film. J’aimerais, je voudrais, justement qu’il y ait aussi une prise de conscience par rapport à cette dépendance face à l’argent, qu’ils se demandent quelle est finalement la vraie finalité des choses.
Propos recueillis par Sophie Wittmer