Par Nicolas Houguet - publié le 17 juin 2008 à 09h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h34 - 0 commentaire(s)
Le segment de Richard Gere est celui où Dylan a voulu échapper au chaos. Le réalisateur le situe après son accident de moto en 1966 (qui marquait également la conclusion du No Direction home de Scorsese, cité à de nombreuses reprises). C'est également l'incarnation du dernier Dylan, farouchement indépendant, un peu à l'écart, tel qu'il est encore aujourd'hui. L'influence revendiquée est ici celle des westerns de la fin des années 60, genre qui se réinventait, en plus de l'évident Pat Garrett et Billy le kid de Sam Peckinpah où Dylan apparaissait. Le réalisateur le qualifie de « hors la loi culturel » revenant aux sources de la musique traditionnelle américaine quand tout le monde se tournait vers Woodstock. Il se tenait à l'écart. La ville isolée symbolise le retour aux sources des « basement tapes ». Gere a été choisi pour évoquer directement une période du cinéma américain (Les Moissons du ciel de Terrence Malick), il s'est totalement investi dans le film (jusqu'à suggérer à Haynes l'apparence de la ville en lui montrant l'oeuvre d'un photographe). C'est surtout là que la correspondance entre les personnages est sensible et les différentes facettes se mêlent. On retrouve un moment Jude Quinn au point de rupture, pendant la fête, puis on passe au pasteur John (Christian Bale interprétant également Dylan dans sa période religieuse à la fin des années 70).


Le réalisateur a passé plus de deux ans sur le script, fourmillant d'idées, en cherchant l'unité. On sent que chaque image est pensée, justifiée, codifiée même, pour correspondre à quelque chose de profond chez Dylan (par exemple, la « protest song » folk trouve un écho dans les certitudes de la période chrétienne, deux périodes incarnées par Bale, en chanteur investi d'une mission). A l'écoute de ce « dylanologue » incroyable qu'est Todd Haynes, l'ambition du film est évidente, spectaculaire, enthousiasmante.

L'intention du cinéaste est celle-ci: raconter un univers (beaucoup d'images sont des illustrations directes des textes de Dylan) un passé éclaté, protéiforme et pourtant curieusement cohérent. Chaque épisode répond à une thématique dylanienne claire: l'influence de Woody Guthrie, les femmes et l'amour dans les années 60, le passage à l'électricité, la religion, les racines de la musique traditionnelle américaine.


A la fin de ce film complété de son commentaire, on a le sentiment de connaître de façon minutieuse la biographie de Bob Dylan, son importance dans la culture populaire contemporaine. Haynes parvient à une intégrité absolue dont peu de biopics peuvent se targuer: une incroyable maitrise du sujet et une indéniable valeur artistique. De ces films que l'on a envie d'analyser, pour en saisir toutes les subtilités, parfois obscures et inaccessibles au profane. C'est précisément ce que ce commentaire audio permet.

A aucun moment Haynes ne paraphrase les scènes, ne tombe dans le descriptif. Il les enrichit, éclaire chacun de leurs aspects sans aucun temps mort. On l'écoute avec avidité, pour percer un peu du mystère de ce film ambitieux, oeuvre rare et complexe comme peu osent l'être encore aujourd'hui, aux mains d'un metteur en scène cultivé dont l'intervention est un pur délice. Il décrit son travail avec éloquence, avec une intarissable passion. On peut grâce à ce supplément, l'apprécier à sa juste valeur. Ce grand film est un hommage à la mesure celui qui l'inspira: radical, expérimental, sans compromis.
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