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Il était une fois Humphrey Bogart [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 28 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 28 octobre 2009 à 10h40 - 0 commentaire(s)
Humphrey Bogart est une figure légendaire du cinéma américain. Commençant sa carrière avec des rôles de mauvais garçon, il devient ensuite une icône et une silhouette mythique de détective privé, cynique et ironique, sempiternellement vêtu d'un imperméable et d'un chapeau reconnaissables entre tous (dans Le Grand sommeil ou le Faucon Maltais). Il a pu faire preuve, sous ses rudes abords, d'une sensibilité romantique (auprès de Lauren Bacall dans Le Port de l'angoisse, d'Ingrid Bergman dans l'incontournable Casablanca, de Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus). Il a su évoluer vers des registres plus inattendus (touché par la fièvre de l'or dans le Trésor de la Sierra Madre, sous le charme d'Audrey Hepburn dans Sabrina).



Dans African queen (ressortie en DVD le 7 octobre), il abordait un personnage plus parodique, cassant son image en capitaine alcoolique qui subit d'abord à contre-coeur l'influence d'une Katharine Hepburn plutôt conservatrice. Godard lui a rendu hommage par de multiples citations et allusions dans A bout de souffle et a reconnu en lui l'un des acteurs les plus importants de l'Histoire. Sa présence à l'écran, son charisme naturel, sa sobriété empreinte de dérision permanente, exercent encore et toujours leur fascination.

Acteur de studio

Issu d'un milieu aisé, Humphrey Bogart voit le jour à New York le 25 décembre 1899 (quoique la date soit sujette à controverse et qu'on avance également le mois de janvier de cette année là). A la sortie de l'adolescence, il s'engage dans la Navy mais ne connaît pas véritablement les âpres combats de la première guerre mondiale (se blessant toutefois à la lèvre et gardant une cicatrice qui deviendra l'un de ses traits distinctifs). De retour à la vie civile, il se joint à la troupe théâtrale de Broadway et fait ses premières apparitions sur les planches dans les années 20, mais les rôles qu'on lui propose (limités aux jeunes séducteurs), ne lui conviennent pas vraiment et il s'en lasse assez vite. Il tente sa chance à Hollywood à l'avènement du parlant et y décroche ses premiers rôles. Il est très vite repéré par les studios alors tout-puissants. « Bogie » (sobriquet dont l'a affublé Spencer Tracy), lie donc son sort à la Warner pour un premier contrat de cinq années.



Il incarnera d'abord des voyous et des petites frappes, à l'image des grandioses mauvais garçons idolâtrés d'alors (comme James Cagney et Edward G. Robinson). Il n'apparaît d'abord que dans une poignée de films où il n'a qu'une fonction mineure avant de décrocher celui qui lui fait connaître la notoriété, La Forêt Pétrifiée en 1936. Il s'agit de la reprise d'une pièce qu'il a jouée au théâtre. Il y est un gangster en cavale prenant quelques honnêtes citoyens en otage. La performance est violente et nuancée, Bogie a trouvé sa place.

Dans la plus pure tradition des grands studios, il tourne alors sans cesse dans une multitude de films et un peu dans tout et n'importe quoi (croisant tout de même des grands noms comme William Wyler). Jack Warner ne voit alors pas en lui le potentiel d'une grande star et le cantonne aux séries B. Dans sa vie personnelle, il épouse (en troisièmes noces), une actrice, Mayo Methot. Cela fera le bonheur des tabloïds de l'époque, le couple étant plutôt tapageur et cultivant un penchant certain pour l'alcool. Bogart hérite toujours des emplois de gangster. Il est à l'aube des années 40 clairement dans l'impasse.
Mais sa chance va tourner, avec un rôle refusé par des acteurs plus célèbres (George Raft et Paul Muni). Il joue dans La Grande évasion de Raoul Walsh en 1940, sur un scénario de John Huston. Bogart n'est alors plus l'éternel second rôle qu'il a été pendant longtemps. Il compose un gangster qu'on approche dans l'intimité, loin de l'archétype qu'il a été contraint de faire sien pendant des années.

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