Mai 2007. Festival de Cannes. Un petit film gore, fun et émétique avec Béatrice Dalle et Alysson Paradis fait grincer des dents sur la Croisette. Entre les uns qui louent la liberté de ton réjouissante et les autres qui critiquent sa surenchère crapoteuse ignoble. Son titre ?
A l’intérieur. Les coupables ? Julien Maury et Alexandre Bustillo, deux cinéastes copains comme cochons qui ont eu la bonne idée de se faire plaisir et d’assumer toutes leurs influences (Dario Argento,
Mort un dimanche de pluie, John Carpenter,
Jeepers Creepers) pour dynamiser le cinéma de genre made in France un chouia terne. Après la sortie dans les salles Hexagonales, le film, acheté par les frères Weinstein, s’exporte extrêmement bien et connaît l’engouement des spectateurs dans plusieurs festivals à l’étranger, notamment à Sitges, où il était présenté avec son cousin
Frontières, de Xavier Gens. Depuis, les deux loustics ont reçu des tonnes de scénarios en provenance des Etats-Unis qui, selon eux, rivalisaient de médiocrité. On les a annoncés sur un remake de
Hellraiser. Info ou intox ? C’est à eux de nous le dire. Sinon, comment se porte le cinéma d’horreur en France ? Comment vont-ils garder les pieds sur terre ? Vont-ils réussir à répondre à nos questions alors qu’ils crèvent la dalle et n’en peuvent plus d’attendre un bon sandwich ? Est-ce que Béatrice Dalle a arrêté de fumer depuis le début de l’année ?
Projets, refus de la grosse tête, Hollywood, rêves fous : ils profitent de la sortie en zone 2 de A l’intérieur (le 20 février, soit demain) pour tout nous raconter. Dans quelle mesure êtes-vous intervenus dans l’élaboration du DVD ? Julien Maury : Nous a commencé à regarder les bonus que nous pourrions utiliser avec Pathé. Mais nous sommes finalement assez peu intervenus. Ils nous ont fait des propositions et nous avons validé ensuite. On a un peu travaillé en amont parce que nous voulions un making-of qui couvre toute l’élaboration du film. Au moment de tourner, nous ne savions pas ce que nous allions mettre. Mais on voulait au minimum un making-of plus intimiste qu’un énième truc promotionnel à la con. Pour nous, le meilleur making-of sur un cinéma de genre français, c’est celui de Pascal Laugier sur
Le pacte des loups. C’était notre référence.
Il s’agissait d’un regard externe sur le film. Est-ce facile lorsque l’on réalise un making-of d’avoir un minimum de recul sur le film qui est en train de se faire ? Julien Maury : Je parle pour mon frère là, mais je pense que c’est compliqué. Il tournait toute la journée du matin au soir avec un vrai sentiment d’appartenance à l’équipe, ce qui est réel d’ailleurs. C’est très difficile de garder une objectivité sur ce que l’on raconte dans un making-of. En même temps, je pense qu’il a réussi à donner une vision juste de la manière dont ça s’est passé : l’ambiance, la relation entre les gens. Je pense sincèrement que ça se ressent assez bien. Il a réussi à se faire oublier à plusieurs reprises. Peut-être parce qu’il fait 1m92 (
il rit). Il a réussi à se faufiler, il n’a jamais été la personne en trop. En général, le réalisateur du making-of est toujours dans le champ. Toujours là où il ne faut pas. Quand les gens s’engueulent ou autre. Là, personne ne lui a demandé de partir. Il a toujours su se faire oublier.
Alexandre Bustillo : Il y avait le making-of. Et nous voulions aussi un commentaire-audio avec notre chef-op. Nous ne nous sommes jamais positionnés comme des réalisateurs. Nous n’étions pas dirigistes. Même si nous avions tout storyboardé, nous pensions avoir bossé à trois avec le chef-opérateur. C’est pour ça que nous voulions vraiment qu’il soit sur un pied d’égalité avec nous. C’était une manière de rendre hommage à son travail par le biais du commentaire audio.
Dans l’un des bonus, le marketing viral d’A l’intérieur est vaguement évoqué. Avec le recul, est-ce que vous pensez que cela a servi au film ? JM : Je ne suis pas totalement d’accord dans le sens où il n’y a pas eu tant de marketing viral que ça. Il y a juste eu une page Myspace, un blog, et puis quelques sites qui nous ont soutenus. Après, je n’ai pas eu l’impression qu’il y ait eu un vrai buzz via Internet. Le buzz est plus né par les journalistes qui se sont intéressés au film et la presse a couvert le film en amont. Il y a aussi eu la sélection au festival de Cannes qui a beaucoup intrigué. Le casting aussi. Béatrice Dalle et la sœur de Vanessa Paradis dans un film gore, ce n’est pas commun. C’est plus la nature même du film qui est à l’origine du buzz finalement.