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Interview : Carine Tardieu (la Tete De Maman) [page 3]

Par Kevin Dutot - publié le 08 octobre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h42 - 0 commentaire(s)
C’est votre premier long-métrage et il est intéréssant de voir à quel point vous semblez à l’aise avec la caméra ! Vous conférez à votre film une véritable identité visuelle, originale, poétique ou onirique... C’est rare pour un film français de prendre autant de libertés avec l’image, vous en étiez consciente au moment du tournage ?
Je n’avais pas réellement d’envie d’aller contre quelque chose ou de me situer à l’opposé de ce qui se fait dans le cinéma français. Je trouve qu’il y a un certain nombre de films qui ne méritent pas tous ces effets de mise en scène que moi j’utilise... Après cela vient sûrement du fait d’avoir été nourrie au biberon par Spielberg et des choses comme ça. Je ne voulais pas utiliser la mise en scène pour cacher un manque autre part. J’ai beaucoup préparé le film, bon c’est aussi parce que j’avais la trouille de ne pas être à la hauteur. Le cauchemar récurrent que je faisais, c’était d’arriver sur le plateau et de ne pas savoir quoi faire. J’avais tellement peur d’être dans cette situation là que j’ai énormément préparé le film ! Et du coup, j’ai passé trois ou quatre mois, enfermée chez moi à bosser sur chaque séquence en me disant : comment je vais filmer ça ? Et pourquoi ? On ne peut pas décider d’un travelling ou d’un gros plan pour rien. Tout doit être justifié. C’est peut-être une des choses que j’ai apprises à l’ESRA justement... J’y ai compris que chaque plan pouvait raconter quelque chose. J’ai également travaillé avec la lumière, les costumes... Au début du film, les boutons de vêtement de Karin Viard sont fermés jusqu’en haut et plus ça va, plus il y a du décolleté. On passe de couleurs pastel à des couleurs très vives. Au début, la maison est fermée, les volets également mais laissent passer une raie de lumière pour signifier que la vie veut rentrer là-dedans... On est aussi dans la tête de maman, dans des fantasmes, des rêves, on peut donc trouver tout et n’importe quoi. J’ai pris des libertés en montrant ce qu’il peut y avoir dans cette tête de maman.



Vous avez élaboré un storyboard ?
Oui, d’ailleurs il est hyper moche... Je l’ai fait toute seule, je suis nulle en dessin mais c’est marrant parce que d’une certaine manière, je suis tellement mauvaise qu’en me trompant dans les perspectives, parfois, je trouvais de nouvelles idées par mes erreurs ! Le storyboard, c’est juste une réflexion et après cela me permettait d’être simple quand je montrais à l’équipe ce que je voulais faire... Un dessin peut signifier beaucoup de choses. C’est très pratique.

Quel sont vos derniers coup de coeur au cinéma ?
J’ai adoré Les méduses qui est sorti récemment. Le film de Julie Delpy également, Two Days in Paris. J’ai trouvé ça très culotté pour le coup de tourner chez elle, avec ses parents, de réaliser, écrire, composer... C’est une preuve de grande liberté et de talent ! Et ça fait du bien...

Propos recueillis par Kevin Dutot
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