Quid par exemple de Conversation secrète de Coppola que vous avez ressorti en salles ?V P-B : Studio Canal a encore les droits mais ils ne l’ont toujours pas sorti, ce qui fait qu’il n’existe qu’en zone 1 ou en zone 2 en Angleterre.
F : On aimerait bien pourtant le faire…
V P-B : Mais, plus globalement, Il y a encore énormément de choses à faire en DVD parce que le support reste jeune. Il n’a que dix ans. Ainsi, même si en dix ans, beaucoup d’éditions ont vu le jour et malgré l’énorme travail déjà effectué, il reste encore tout un pan du cinéma à découvrir et à sortir. Par exemple, quand on travaille sur des œuvres de cinéastes, on trouve et on découvre constamment ; sur Pasolini ou sur des grands cinéastes, on en a finalement jamais fait le tour ou quasiment pas. Concernant Pasolini par exemple, en avril, on va sortir son travail sur le documentaire
Appunti pour une Orestie africaine, ou des choses plus rares mais aussi passionnantes. On a sorti quasiment l’intégrale des films de fiction de Pasolini maintenant, on centre le travail sur ses documentaires. Donc, on est décidé à continuer à travailler dessus comme sur le cinéma japonais. Et cela sans oublier de découvrir ou de faire redécouvrir d’autres cinéastes, des œuvres plus rares.
Pour Carlotta comme pour Bodega films ?V P-B : Bodega, ce sont des nouveautés et des films de première exclusivité. Souvent, on se retrouve dans le cas de figure d’un distributeur – éditeur et six mois après, on peut se retrouver à le sortir en DVD. Un film espagnol comme
la Soledad que l’on a sorti en juin, on le sortira par exemple en DVD l’année prochaine. C’est un film qui nous semble important mais on ne peut pas hélas le faire pour tous les films que l’on sort en salles parce que le marché est difficile pour les films d’auteur – art et essai, donc plus pointus. Néanmoins, on a sorti
le Violon, California Dreamin. On sera aussi sur Bollywood. Mais on n’est plus sur autant de sorties. On est sur six à sept sorties à l’année sur Bodega, ce qui est comparable au nombre de sorties que l’on fera en salles.
Aucune activité donc ne sera privilégiée au détriment des autres ? F : Aucune ne sera mangée par les autres… (
rires).
V P-B : Déjà, je pense que par passion et par envie, c’est important de faire vivre le film de patrimoine sur tous les supports et en incluant bien évidemment la salle. Pourquoi ? Parce que cela nous semble important dans la transmission du cinéma et dans l’optique cinéphilie, de voir et revoir des classiques en salles. Parce que malgré toute la passion que je peux avoir à titre personnel pour le DVD, rien ne vaut la vision d’un film en salles. Ils sont faits pour la salle et on est plus dans une complémentarité avec le DVD. Ainsi, on a prouvé que si à un moment, il y avait une crainte face à l’engouement du DVD, la salle n’était pas affectée. Au contraire, ça l’a stimulée et renforcée parce que quelqu’un qui découvre
l'Aurore en DVD, cela crée une véritable dynamique et cette personne sera tentée de revoir le film en salles. Elle en parle autour d’elle etc. On a ainsi eu la preuve avec des films dont on n’avait pas forcément les droits salles, qu’un an après leurs sorties en DVD, ils pouvaient très bien marcher au cinéma. On montre que nous sommes dans une vraie synergie et que quelque chose se crée autour du film qui bénéficie à toutes les manières de le voir. Il est par conséquent pour nous primordial de faire exister le film en salles mais on ne peut pas tout sortir non plus. D’autres le font aussi très bien. Pour le DVD, le but est de continuer le travail que l’on réalise, d’essayer de se retrouver si les projets s’y prêtent, dans une véritable interaction avec le DVD avec pour optique, une véritable construction intelligente de la cinéphilie. Quelque soit le support.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan