Avec
Electroma, leur premier long métrage qui sort début décembre en DVD chez
Wild Side, les deux membres du groupe Daft Punk (Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo) ont trouvé dans le cinéma un moyen d’expression radical et libre où la musique se substitue aux mots. Techniquement, ils ont assuré comme des grands. A défaut d’être devant la caméra, Thomas s'est occupé du cadre et Guy-Manuel, de la photo. Après une présentation éclair à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes, le film a gagné sa petite réputation culte en étant projeté tous les samedis soirs à minuit dans une salle de cinéma Parisienne (
Le panthéon, lieu de l’interview). Avant que le phénomène soit repris
around the world et connaisse un engouement similaire. Parallèlement à cette sortie DVD, les Daft Punk ont une actualité musicale chargée.
Alive 2007, leur nouvel album live enregistré lors de leur concert en juin dernier à Bercy, sort dès lundi prochain dans les bacs. La promotion est accompagnée sur le net d’un clip en forme d’happening réalisé par Olivier Gondry, le frère de Michel. Un spectacle avec lasers et pyramide lumineuse sur laquelle le duo masqué est juché, dominant ainsi des milliers de fans en liesse. Auparavant, les deux zozos, influencés par le pop-art d’Andy Warhol et la musique de Led Zeppelin - des artistes qui, selon Bangalter, «savaient construire un univers esthétique autour d’une forme artistique» - ont sorti trois albums studio mémorables (
Homework, Discovery et
Human after all) qui ont largement contribué à leur réputation
french touch. Loin d’arracher les tympans, le beau et mélancolique
Electroma aurait pu s’appeler «Human after all». Dans ce trip lymphatique, quelque part entre GVS et THX, il est question d’humanité chez les robots et des restes d’humanité dans notre monde. Vaste question à laquelle les Daft Punk répondent par un silence de mort. En interview – à visage découvert et sans tenue de cyborg –, Thomas et Guy-Manuel sont à l’image de leur film: secrets et singuliers. Sensibles et pudiques. A l’abri des modes.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser un long métrage? Thomas Bangalter: Nous avons toujours été intéressés par le cinéma. Depuis nos débuts. Nous avons découvert le monde de quelques cinéastes avec nos clips et commencé à réaliser par la suite nos clips tout seuls; puis, nous avons eu l’opportunité de réaliser un long métrage. Nous étions très déterminés. Nous voulions dès le départ proposer un projet abstrait et expérimental, avant-gardiste et bizarre. Dans les intentions, le traitement devait être libre. Cet essai devait être comme un premier contact avec le langage et la technique. Nous sommes partis sur ces bases et nous nous sommes dit qu’à partir de là, on pourrait développer une histoire bien à nous. Ce n'était pas un défi facile. Sur le tournage, il y a eu des épreuves difficiles. Toutes les scènes dans le sable étaient extrêmement dures à tourner. Pour celles qui se passent dans les dunes, c’était l’horreur parce que le sable rentrait dans la caméra. Mais le plus dur, ça restait de se lever à trois heures et demi du matin pour être en accord avec le soleil. En tout, il y a eu 11 jours de tournage. Ce qui est très rapide, même s’il y a eu un an de travail entre le début de la post-production et le film achevé.
Electroma a nécessité beaucoup de préparation et de finition.
On pense beaucoup à Gerry de Gus Van Sant. Vous revendiquez? On nous cite souvent ce film comme référence pour
Electroma. Paradoxalement, en ce qui me concerne, dans la filmographie de Gus Van Sant, je garde plus en tête
Elephant que
Gerry. Gus Van Sant arrive à créer un système géométrique dans un environnement déterminé. Notre film se veut comme l’exploration et la définition d’un environnement autour du spectateur qui devient le seul acteur. Je pense que
Gerry et
Electroma partagent surtout des références en commun. Plus que des procédés.
Comment s’est effectué le choix de la bande-son?Nous avons choisi les morceaux qu’on aimait. Mais pas seulement. Il fallait qu'ils correspondent aux scènes, au
mood du film. La playlist devait être très minimaliste pour coller aux événements minimalistes. Dans
Electroma, il n’y a pas d’acteurs, ni de script. L’idée consiste alors à utiliser cette musique avec les images pour raconter une histoire. On a adopté un processus empirique de narration. Ce qui permet au film de rester dans l’abstraction et le surréalisme d'un bout à l'autre. Quand la musique avait une connexion avec la scène, on la prenait.
Electroma est un objet libre, sans concession. Est-ce facile à monter aujourd'hui? En terme de production, nous avons eu les coudées franches. La raison est simple: nous avions décidé dès le départ d'autoproduire
Electroma. Nous avons également collaboré avec Cédric Hervet, le co-auteur et le producteur d’
Interstella 5555. Sur
Electroma, il a travaillé le montage. Ainsi que Paul Hahn, producteur du film et de notre concert en juin dernier à Bercy. Paul a également été notre producteur artistique sur
Electroma. Durant le tournage, il nous posait beaucoup de questions pour être certain que nous étions sur la bonne voie, que nous savions ce que l'on voulait exprimer. Il s’assurait que nous étions au plus proche de ce que nous voulions, afin que rien ne soit laissé au hasard. L’émotion du film fonctionne dans une radicalité et un minimalisme qui n’auraient pas du tout marché si nous n'étions pas libres. On est tellement loin de quelque chose de traditionnel et tellement proche de l’expérimentation. Pour notre entrée en la matière au cinéma, on voulait créer quelque chose d'indomptable pour s’approprier tout contrôle.