Le DVD collector donne très largement la parole à vos collaborateurs.Je voulais relier le fond et la forme, en faisant intervenir l’Histoire avec Patrick Rotman, ainsi que l’image avec mon chef-op Giovanni, mais aussi en évoquant les influences comme celle de Schoendorffer. J’ai gardé des modules avec le storyboard, la musique avec Alexandre Desplat. Il s’agissait bien sûr d’évoquer l’aspect humain d’un travail d’équipe, mais aussi de se concentrer sur le travail de la mise en scène.
En plus du commentaire audio, il y a une heure de dialogue autour de la mise en scène du film. C’est rare, voire exceptionnel sur un DVD, surtout français.Ben oui, pour ça il faut pouvoir parler de sa mise en scène (
sourire)
(
rires)
Non mais peut-être que l’éditeur aurait pu trouver ça too much.J’ai imposé l’idée. Le commentaire audio, c’est un exercice très difficile et frustrant, parce que vous avez plein de choses à dire et que les images défilent plus vite que vos mots. J’ai donc dit que j’allais faire trois commentaires audio, sur différents niveaux. Mais je ne voulais pas non plus me retrouver seul, avec mon casque sur les oreilles, devant mes images. Je ne suis pas un peintre solitaire, je suis un metteur en scène qui bosse avec ses collaborateurs. J’ai besoin de faire du ping-pong. C’est une question d’énergie. Quand t’es tout seul tu finis par être pris par tes images. Bref, j’ai donc choisi Jean-Baptiste Thoret et j’ai demandé à ce qu’on nous filme pendant le commentaire audio (sur le Blu-Ray on pourra nous voir). Nous sommes tous deux des anciens élèves de Jean-François Tarnowski de l'ESRA. J’avais envie depuis longtemps de faire un split-screen, avec le journaliste, moi, et le film diffusé au milieu. J’ai une télécommande et je parle de la mise en scène. J’ai fait, je crois, dix heures d’enregistrement comme ça. La première passe c’était pour le commentaire audio. Ensuite je reprenais la scène et je m’attardais sur sa réalisation, sans limite de temps.
Quel est l’intérêt pour vous de consacrer autant de temps à ces modules ?Si je fais tout ça, c’est parce que, à l’époque où je découvrais le Cinéma, il n’y avait pas moyen d’entendre les cinéastes parler de leurs films comme ça. Si j’étais un jeune cinéaste, je serais content d’avoir ça sur mon DVD et de mieux comprendre l’approche, le travail. Comprendre que le Cinéma ce n’est pas juste de l’instinct ; c’est un truc réfléchi. Et je trouvais que le film se prêtait bien à ce type d’exercice en plus. Avec une histoire comme celle-ci, tu ne vas pas commencer à t’attarder sur les anecdotes de tournage en racontant tes blagues entre potes. Et d’autre part, j’imagine que la personne qui regarde les bonus s’intéresse de fait au Cinéma, donc ça ne sert à rien de lui représenter les acteurs ou l’histoire du film en bonus. Le mec qui va se taper tout le commentaire audio, on peut imaginer qu’il en veut.
C’est aussi étonnant d’avoir un module entier consacré aux acteurs méconnus qui tiennent les seconds rôles.J’ai mis six mois à les trouver ces comédiens, et j’ai pris ceux que je pensais être les plus intéressants. J’espère qu’ils seront la nouvelle génération. Et ils ont tellement donné, pour un temps de présence extrêmement réduit dans le film. J’ai essayé de leur donner à manger ; je leur donnais toutes les clés que j’avais sur leurs personnages : le titi parisien, le mec du Nord, l’italo-français. Forcément ils ont été un peu frustrés quand ils ont vu le film, parce que c’était un peu réduit par rapport à tout ce qu’ils ont donné. Donc ce module sur eux, c’est aussi une façon de leur rendre hommage. Les gens te donnent ; il faut savoir le leur rendre.
Un module entier sur une source d’inspiration. Ca aussi ça semble inédit.Pour moi, c’était rendre hommage à mes pères. Ce qui était étonnant avec Pierre Schoendorffer, c’est que la première fois que je lui ai montré le film, pas mixé, pas finalisé, c’était une façon de me rassurer. Moi je n’ai pas fait la guerre ; lui si. Je voulais avoir son avis en tant que cinéaste en même temps qu’en tant qu’ancien combattant. Pour déjà savoir si j’étais juste. Et bien sûr je lui ai dit en quoi
La 317ème section avait été une source d’inspiration. Et là il m’a scotché, il m’a révélé qu’à son époque, il avait dit la même chose à René Clément par rapport à
La Bataille du rail. Donc c’est vraiment une question de filiation. Un film fait exister d’autres films.
Propos recueillis par Rafik Djoumi