Comment êtes-vous passé de journaliste à scénariste puis cinéaste ? Je suis passé au scénario en écrivant deux scripts de courts-métrages que je n’ai jamais fait. J’ai commencé avec Andrzej Zulawski que j’avais rencontré grâce à
Starfix pendant le tournage de
La femme publique. J’étais toqué de ce cinéaste. Tous ceux qui bossaient à l’époque à
Starfix ne voulaient pas finir leur vie comme journalistes. Ils voulaient avant tout être cinéastes. Gans avait fait l’IDHEC donc c’était le plus formé de tous. Individuellement, on avait bricolé des films en Super-8. Attention, on était très heureux d’être critiques, surtout à notre âge. C’était passionnant parce qu’on pouvait explorer des terrains nouveaux, on énervait nos confrères en ayant parfois raison, parfois tort. Quand on avait la possibilité de rencontrer des cinéastes comme George Miller et John Boorman, on était dans un état d’euphorie. On était moins fascinés par des cinéastes français, à part peut-être Alain Resnais que l’on n’a hélas jamais eu l’occasion de rencontrer. Il y avait Polanski évidemment et Zulawski pour
Possession et
L’important, c’est d’aimer. J’étais allé le voir à Boulogne pour une première interview. J’avais tout lu sur ce mec – à l’époque, il n’y avait pas encore Internet pour se documenter –, vu cinq fois
Possession… Je connaissais
L’important, c’est d’aimer sur le bout des doigts. Je sentais que cette interview était très importante pour moi.
Possession étant un film très complexe, je ne voulais pas passer pour un petit crétin prétentieux qui débarquait de nulle part. A l’époque, j’avais à peine 19 ans.
Comment l’entretien s’est déroulé ? Il était en montage dans des studios, à Boulogne. Quand il m’a vu arriver, il m’a dévisagé en ayant l’air de se demander ce que je foutais là. Zulawski, c’est un intellectuel polonais qui avait fait des études de philo. En comparaison, j’étais un jeune nerd considérant cet affront comme un défi. Pendant tout le repas, je tentais de faire la meilleure interview possible. Et il a été extrêmement surpris de la fascination que j’avais pour
Possession. A l’époque, le film s’était planté au box-office et la critique l’avait assassiné. Il s’est rendu compte qu’il y avait une génération plus jeune fascinée par le film et prête à le défendre. Ça l’avait passionné. Du coup, on est passé d’une interview extrêmement distante à de plus en plus intéressée. Je l’ai revu par la suite pour faire une interview autour de
La femme publique. Je voulais travailler sur ses films, je l’ai contacté pour être assistant. Il tournait
L’amour braque et il ne pouvait prendre personne. Je lui ai alors écrit une lettre en lui disant à quel point je voulais absolument tout savoir de cette aventure. Que l’on aime ou pas son cinéma, Zulawski faisait du cinéma avec un vrai sens de la mise en scène. Finalement, il m’a accepté sur le tournage de
L'amour braque. Sur le plateau de tournage, j’étais comme un électron libre que les gens toléraient, assez gentiment d’ailleurs. Ensuite, je suis devenu son assistant personnel sur des films qui ne se sont jamais faits comme
Jeanne d'Arc. Enfin, il m’a proposé de coécrire un scénario avec lui qui s’appelait
L’archée. Une incroyable aventure. Par la suite, je me suis lancé dans l’écriture de scénario tout seul. Quand j’ai eu la trentaine, je me suis dit que j’avais passé l’âge de faire des courts-métrages. Faire un court-métrage prend finalement autant de temps que de faire un long. Le temps d’écrire, d’avoir l’équipe... Autour de moi, les mecs qui faisaient des courts-métrages ambitieux y passaient des années. Je me suis alors lancé dans le long en y allant un peu en free-style.
Pourquoi avez-vous commencé en oeuvrant dans le cinéma d’auteur ? Le fait est que je n’aurais jamais osé écrire un film de genre sans connaître comment fonctionnaient les outils du cinéma. Même si dans
Va Mourire, il y a des éléments de polar : l’histoire tourne autour de trois glandeurs qui finissent par faire un casse improbable. Surtout, j’avais envie de parler de ce que je connaissais. C’est d’ailleurs un conseil que j’aimerais donner à tous les mecs qui veulent se lancer. Si on ne connaît pas tout de la technique, on sait au moins de quoi on parle. Du coup, c’était plus facile pour moi de faire un film sur des ragazzis du sud que de faire un film sur la mafia asiatique à Paris. Visuellement, je voulais procéder à la Ozu avec une focale (j’avais pris le 35), que j’allais très peu changer en me mettant à la distance qui m’intéressait. Après l’aventure de
Va Mourire, il y a eu l’expérience d’
Assassin(s) avec Mathieu Kassovitz qui a été très formatrice...