Vous avez été l’assistant de deux grands directeurs photo : Pasqualino De Santis et Giuseppe Rotunno. Lequel vous a le plus marqué ?C’est surtout Rotunno qui m’a formé. A l’époque de Pasqualino, j’étais très jeune et j’étais plutôt assistant, au sens humain du terme. Avec Rotunno, c’était plus dans la collaboration. Dans l’histoire de ma vie, les années passées avec Rotunno ont beaucoup compté. Quand j’ai cherché du travail en tant qu’assistant au chef-opérateur, je m’étais fixé de travailler avec deux grands noms. L’un était Freddie Young (
Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago, ndlr) et l’autre Rotunno. J’ai écrit une lettre pour chacun. Et le lendemain, alors que je n’avais pas encore envoyé mes lettres, un ami m’appelle pour me demander si je pouvais le remplacer au pied levé sur le tournage de
Casanova, dont la lumière serait faîte par Giuseppe Rotunno. Ce fut l’un des plus beaux moments de ma vie. C’était en 1976, et j’ai passé les vingt années suivantes au service de Giuseppe. Florent me présente souvent en disant que j’étais le cadreur de Fellini. D’un côté c’est vrai, puisque avec Giuseppe on a fait
Casanova, Prova d’Orchestra, Et vogue le navire, La Cité des femmes. Et j’ai été aussi l’assistant de Tonino Delli Colli sur
Ginger et Fred.
Qu’avez-vous retenu de ces collaborations dans votre propre style ?Pour répondre à votre question, c’est évident que la façon de travailler et le style de Rotunno me sont rentrés dans le système. Par exemple, Florent Siri aime beaucoup les ombres, et je dirais que c’est un peu ma spécialité puisque j’en ai tiré l’expérience avec Rotunno et Fellini, qui adoraient jouer avec les ombres. Aujourd’hui, la majorité des metteurs en scène et des chef-opérateurs utilisent la lumière diffuse ; c’est une lumière en reflet, qui ne fait pas d’ombres, et qu’on utilise beaucoup dans la pub par exemple. J’avoue que je n’aime pas beaucoup cette lumière. Elle fait que les objets et les acteurs manquent de « présence ». Beaucoup évitent d’avoir des ombres, tout simplement parce que si tu ne sais pas comment placer tes éclairages, comment séparer, tu te retrouves avec deux ou trois ombres dans le plan et c’est un désastre ! Donc la lumière diffuse, c’est un peu une solution de facilité. Elle te donne la lumière sans que tu aies à réfléchir au problème des volumes. Or, les spectateurs se sont habitués à ce type de lumière, avec la pub et tous ces films. Du coup il m’est arrivé de travailler avec des metteurs en scène qui souhaitaient une lumière plus douce et qui me disaient «
oui mais là je vois l’ombre de l’acteur ». Et moi je répondais que les ombres, c’est dans la vie ! (
rires)
Comment avez-vous vécu votre nomination aux Césars ?J’étais content d’être nominé, et en même temps j’étais tranquille par rapport à ça parce que j’étais sûr que
La Môme gagnerait. On m’a demandé de préparer un petit discours, mais je ne l’ai pas fait. Et c’est normal que
La Môme ait gagné. Je suis depuis des années les remises de prix, aux Oscars etc., et c’est très très rare qu’un film de guerre remporte le prix pour la lumière. Je me rappelle quand Vittorio (Storaro) l’a eu pour
Apocalypse Now. Cette année-là, on pensait tous que ce serait Giuseppe Rotunno qui l’aurait pour
Que le spectacle commence. Ca a été une grande surprise. Mais pour la nomination aux Césars, je suis quand même content. C’est important pour le film de Florent qu’il soit nominé, parce que c’est quand même un beau travail.
Propos recueillis par Rafik DjoumiFilmographie sélectiveEn tant que chef-opérateur :L'Ennemi intime de Florent Emilio Siri (2007)
O Jerusalem d'Elie Chouraqui (2006)
Otage de Florent Emilio Siri (2005)
Corps à corps de François Hanss (2003)
Nid de guêpes de Florent Emilio Siri (2002)
Un dollar pour un mort (TV) de Gene Quintano (1998)
Une minute de silence de Florent Emilio Siri (1998)
Go for Gold! de Lucian Segura (1997)
Cauchemars à Daytona Beach de Romano Scavolini (1981)
En tant qu’assistant au chef-opérateur :Le Syndrome de Stendhal (1996)
Sabrina (1995)
Wolf (1994)
A Propos d’Henry (1991)
Les Aventures du Baron de Munchausen (1988)
Kalidor (1985)
Et vogue le navire (1983)
Cinq jours ce printemps-là (1982)
La Cité des femmes (1980)
Popeye (1980)
Le Casanova de Fellini (1976)
Lucky Luciano (1973)
Mort à Venise (1971)