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Interview Jean-paul Rouve (sans Arme, Ni Haine...) [page 1]

Par - publié le 09 décembre 2008 à 15h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h18 - 0 commentaire(s)
Il nous a fait rire, vibrer, il nous a étonné et vient une nouvelle fois nous surprendre en passant derrière la caméra avec Sans arme, ni haine, ni violence, film dont il a écrit le scénario en jouant avec la personnalité du criminel Albert Spaggiari, personnage décalé, qu’il interprète également avec humour et talent. Il remporte ce pari avec succès et c’est avec plaisir que nous sommes revenus avec lui sur cette aventure.

C’est un personnage qui vous avait marqué à l’époque ?
JPR) Non, j'ai redécouvert en fait par hasard son histoire, et ce qui m’a vraiment donné envie de m’y intéresser, c’est l’interview que j’ai voulu intégrer aux suppléments du DVD, celle d'une rencontre surréaliste. Il s’était déguisé avec une perruque, une sorte de clown ridicule, on aurait dit un vieux sketch de Collaro des années 70. C’est ce paradoxe qui m’a séduit, l’image du guignol, alors que ce mec avait réussi à faire un casse très bien orchestré. Il y avait deux facettes totalement décalées et en creusant je me suis rendu compte que tout était construit de cette façon chez lui. C’est un personnage très ambigu ayant des idées contradictoires. Il a fricoté avec l’OAS, il est colonialiste, raciste et, en même temps, particulièrement sympathique. Il y avait également en lui cette volonté de vouloir être reconnu, de devenir célèbre. C’est toutes ces contradictions qui m’intéressaient, plus que Spaggiari lui-même, plus que le braqueur, sur lequel je n’ai guère insisté d’ailleurs. Il faut avoir un point de vue, un éclairage, le mien c’était ces contradictions, je ne tenais pas à me lancer dans une biographique du personnage, je voulais plus poser un regard personnel sur cette figure assez insaisissable, exploiter une facette de sa personnalité qui m’a séduite. C’est compliqué de se tourner vers un personnage connu, il faut un point de vue, c’est essentiel, c’est la raison pour laquelle Mesrine est une réussite, Richet a un réel point de vue. Ce ne sont pas que des biopic, La Môme n’est pas un biopic, le film parle d’une femme et de ses rapports aux hommes, des hommes de sa vie, ce qui a fait ses moments de joie, de détresse. Olivier Dahan se sert de Piaf, mais son thème c’est le parcours d’une femme. Lorsqu’un film ne parle que de la vie de quelqu’un dans sa continuité, c’est souvent raté, il est primordial de se poser sur un angle.

Vous aviez envie depuis longtemps de passer derrière la caméra, vous recherchiez un sujet qui vous correspondait ?
JPR) Non, sincèrement ce projet est une suite de hasards, j’ai parlé de Spagiarri à Benoît Graffin et nous nous sommes mis à écrire ensemble cette histoire, je n’avais pas l’intention au départ de la réaliser, en revanche j’avais très envie d’incarner Spaggiari, c’est un personnage délirant pour un acteur, savoureux, et puis il m’a proposé, conseillé de la tourner également. Du coup, je me suis demandé ce qui se passerait si je ne le jouais pas et qu’est-ce qui se passerait si je ne la réalisais pas. J’ai compris que j’avais une immense envie d’être ce personnage, il fallait donc que je joue, c’était ma priorité. Ensuite, réaliser le film ? Julien trouvait que je positionnais toujours la caméra dans le plan, que je mettais en scène oralement le film, il avait peur que je sois frustré si je ne le réalisais pas, j’ai pris conscience qu’il avait surement raison, que je n’accepterai pas la présence, le regard d’un autre réalisateur, pas pour me diriger moi mais pour orchestrer le film que j’avais écrit et sur lequel j’avais des idées très précises, très arrêtées. J’ai alors décidé de me lancer.
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