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Interview Jean-pierre Mocky [page 4]

Par - publié le 17 avril 2007 à 02h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h34 - 0 commentaire(s)
Dans ce cas-là, pourquoi vous n’allez pas chercher des fonds pour vos films ailleurs qu’en France ?
C’est ce qu’a fait Orson Welles vers la fin de sa vie. Il réalisait des films co-financés par le Maroc, la Suisse, la Roumanie. Mais le malheureux a connu les mêmes ennuis que moi. Il faut savoir qu’on a brûlé le studio de Melville parce que des gens jaloux ne supportaient pas l’originalité de son cinéma. C’est comme si moi, on me brûlait mon appartement. Dans ce milieu, les gens me haïssent, vous ne pouvez pas savoir. Tout simplement parce qu’ils haïssent la liberté et se compromettent à faire des choses qu’ils ne veulent pas. Ils ne sont pas moins intelligents que moi, il ne faut pas croire que je pense l’inverse, ce n’est pas vrai. Mais pour des raisons de vie, ils veulent bien vivre, avec leur maîtresse, leur voyage aux Seychelles etc. Finalement, ils deviennent des automates au service de grandes sociétés et on leur fait faire n’importe quoi. Au début de ma carrière, je n’avais pas d’ennemi dans le milieu parce que les cinéastes de l’époque pensaient que je n’irais pas loin. Finalement, je tiens depuis cinquante ans. Je prends l’exemple de Molinaro qui avait réalisé La liberté en groupe. Il adorait son film si bien qu’il voulait en faire d’autres comme ça. Finalement, il a fait La cage aux folles et plein d’autres trucs en n’ayant jamais fait le film qu’il voulait. Maintenant, il est vieux, malade et il regrette. Un soir, je discutais avec mon agent, il y a longtemps de ça, qui me disait que si je ne rentrais pas dans la famille, je serai toujours tout seul. L’idée de "rentrer dans la famille" consistait à copiner avec tous ces connards que je ne supporte pas. Ils haïssent autant Tarantino que Cassavetes, uniquement parce qu’ils possèdent la liberté qu’ils n’ont pas. Dans le milieu journalistique, c’est la même chose : les journalistes en général sont obligés de parler de ce qui va marcher en disant que c’est très bien uniquement parce qu’ils savent que ça va marcher et jalousent ceux qui ont la liberté de dire ce qu’ils pensent. Tout ça pour dire que la situation pour les réalisateurs est proche de Kafka. Je suis un monument vivant. Je devrais être mort. Et quand je serai mort (puisque les morts ne gênent plus), tout le monde s’accordera pour dire que j’étais bien. Un réalisateur comme Claude Berri est fou quand on parle de moi à la télé, quand j’ai un article dans Les cahiers du cinéma ou quand un jeune apprécie mes films. Ils sont malades parce qu’ils ont mis l’argent, la pub, les relations, les combines, la politique, le sexe pour que ça marche mieux. Et ça, ça me procure un plaisir incommensurable.



Quels sont vos projets ?
Je réalise Les ailes de la peur, j’aimerais beaucoup que ça se fasse avec Jean Dujardin. Ensuite, j’ai L’énigme rouge. Actuellement, je réalise quarante-huit "Hitchcock présente". Je commence avec Piccoli, Serrault... Sur ce coup, j’ai beaucoup d’acteurs car c’est formaté pour la télévision. Pour l’instant, ce sont des petites histoires de 26 minutes et j’aimerais beaucoup que la fille d’Hitchcock les présente.

Propos recueillis par Romain Le Vern
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