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Jane Birkin Et Serge Gainsbourg, Emblematiques [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 05 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 05 octobre 2009 à 16h47 - 0 commentaire(s)
La culture pop française des années 60 était un peu à la traîne, et on n'avait pas connu beaucoup d'icônes qui incarnaient à eux seuls l'esprit d'une époque. Il y avait Bardot, bien sûr. Godard et la Nouvelle Vague mondialement plébiscités. Il y avait ces symboles de la France, Piaf et « sa vie en Rose ». Comme couples mythiques, on avait bien Sartre et Beauvoir qui incarnaient à eux seuls tout un courant de pensée, l'existentialisme. Mais en 1969, on eut le couple le plus symbolique, le plus attachant, le plus improbable aussi, qui connut une renommée mondiale avec le tube « Je t'aime, moi non plus », et qui s'était formé sur le tournage de Slogan de Pierre Grimblat. Serge Gainsbourg, dandy musicien, au sortir de sa passion avec B.B à qui il avait offert de belles chansons, rencontrait Jane Birkin, jeune et belle anglaise au regard immense, aperçue dans Blow up d'Antonioni. Au début, pendant la préparation du film, il ne la trouva pas terrible et elle ne le trouva pas beau. Il lui aurait préféré Marisa Berenson pressentie pour le rôle d'Evelyne. Puis, pour reprendre la phrase concise de Gainsbourg, ça a changé. Force est de reconnaître que ne pas succomber à la grâce naturelle de Birkin, à son ingénuité, était tout bonnement impossible. Serge n'était lui-même pas dénué de charme et il avait une prestance distinguée. Slogan deviendrait le film de leur couple comme le disait la publicité de l'époque, et ils « deviendraient mythologie » pour reprendre une expression que Jane prête à son Pygmalion.


Car Gainsbourg en a joué de cette aura, de la sacralisation de son union avec Jane. Et ça a marché, fort. Parce que les voir dans Slogan, c'est voir deux êtres absolument dissemblables rapprochés par un amour fusionnel, avec toute la naïveté que cela induit, cette rencontre devant la caméra est un petit miracle, que l'on doit à Pierre Grimblat, le réalisateur. Comme Gainsbourg boudait sa partenaire au début du tournage, il prit le taureau par les cornes en prévoyant un dîner chez Maxim's où ils iraient tous les trois pour mettre les choses à plat. Il ne se présenta pas à ce règlement de compte. Le stratagème connut un beau succès puisque ses deux acteurs tombèrent amoureux l'un de l'autre. Il y a des regards dans ce film, des intonations touchantes, l'amour se voit, la complicité crève l'écran. C'est assez rare. C'est assez beau.

Alors bien sûr, on pourrait dire que Gainsbourg et Birkin sont le symbole de ces années là en France, la fin des sixties, le début des seventies. Mais ça serait les associer à toutes la mode du Flower Power et d'une certaine manière ça serait un contresens. Elle avait certes tout de la beauté hippie. On a d'ailleurs la surprise de voir sous la plume de Jim Harrison, dans ses mémoires En Marge, que Jane Birkin reste pour lui un fantasme absolu (en particulier grâce à une photo où il lui trouve une chute de reins parfaite, véritable référence pour lui). Elle est l'incarnation d'une beauté d'un nouveau genre, loin des canons habituels (à la Monroe ou Bardot). Elle est naturelle, simple, se balade en minijupe avec un panier dans un bras, aux côtés de son époux à la mise élégante nonchalante et détendue. Deux silhouettes indissociables dont elle raconte qu'elles étaient devenues si familières qu'on les reconnaissait partout, même dans le lointain et même de dos. « Tes vingt ans mes quarante, si tu crois que cela, me tourmente, ah non vraiment... ». Ce duo est fier et porte beau.


Ainsi ils sont instantanément cultes parce que leur association est inattendue. Une jeune fille très swingin' London et un musicien esthète, rappelant dans son allure cette sorte d'aristocratie artistique, un peu romantique et raffinée, la tenue d'un dandy littéraire. L'alchimie de ces deux éléments est spectaculaire. En bon pragmatique, Gainsbourg ressort de ses cartons sa chanson « Je t'aime moi non plus » qu'il avait d'abord enregistrée avec Bardot avant que celle-ci ne souhaite pas la voir sortir. En gentleman, il la garda pour lui. Il se permit cependant de la réenregistrer avec Birkin. Et le phénomène fut en marche. Le Vatican s'offusqua de cette interprétation obscène où un couple exprimait sans détour son amour et son désir. Cela devint un tube international. Gainsbourg incita Birkin à chanter de sa voix fluette et lui livra jusqu'à la fin de très belles chansons.

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