Très tôt considéré comme un réalisateur à suivre (et pas seulement parce que son second long métrage
Narc se classe comme le 11ème film à utiliser le plus grand nombre de fois le mot « Fuck » ), Joe Carnahan est ce que l’on peut appeler sans honte un auteur. Ecrivant jusqu’à présent lui-même les scripts de ses longs métrages, l’artiste porte à l’écran des films qui sont bien plus que de simples divertissements, car emprunts de considérations humaines fortes et d’un sens esthétique certain. Mais alors que sort actuellement en DVD chez StudioCanal son dernier métrage
Mi$e à prix, il nous semble important de faire un premier point sur la carrière de ce surdoué de la caméra qui portait déjà dès son premier film, la sulfureuse réputation d’emmerdeur qui ne s’en laisse pas compter.
Prototype même du réalisateur intègre et jusqu’au-boutiste, Joe Carnahan entre pourtant dans l’industrie audiovisuelle par la petite porte et monte ainsi de petits films publicitaires pour une boite de com. Mais là où beaucoup verraient ici un job rébarbatif avec trop de temps libre pour faire autre chose que dormir, Joe va rapidement mettre les moyens techniques à sa disposition pour monter en douce un projet personnel dans lequel il investira la majorité des économies de son foyer. Réalisé pour 7 000 dollars (et la logistique d’un employeur casse bonbons qui va finir par les lui lâcher quand le métrage sera reçu sous les ovations des festivals),
Blood, Guts Bullet & Octane fera autant sensation aux US qu’il restera confidentiel dans le reste du monde, à tel point que nombre de critiques croiront que
Narc est un premier film. Ecrit, réalisé, monté et même interprété par le maître,
BGB&O est une comédie d’action jouant déjà sur le paraître et les faux-semblants, alors que de nombreux éléments a priori poussifs et anodins se révèleront cruciaux lors d’un twist final qui en a bluffé plus d’un.
Et alors que le métrage attirera ainsi les yeux des grands pontes de studios qui voudront même un temps le décliner en série, Joe se lance alors dans l’écriture et la réalisation du film qui va lui tailler un costar international. Polar brute, réaliste et violent,
Narc va rapidement asseoir le style du réalisateur, bien plus posé que dans son précédent métrage («
Je n’aime pas cette technique mais j’ai beaucoup utilisé le montage rapide dans BGB&O afin de cacher le fait qu’on était alors tous des débutants » déclare le réalisateur sur le commentaire audio de
Mi$e à Prix), et ne serait-ce qu’à travers les quelques minutes d’introduction qui vont poser le décor de manière tétanisante : sans concession aucune, celle-ci met en images la poursuite effrénée et essoufflante (car à pinces) entre un flic et un dealer, le tout filmé en caméra à l’épaule. Celui-ci, dans l’optique de perdre son poursuivant, n’hésitera pas dans un premier temps à injecter un simple passant avec une dose fatale de drogue (le passant succombant de manière déchirante à une mort atroce) avant de prendre en otage un jeune enfant. Mais même si le flic arrive cependant à tuer le junkie après quelques instants de tension douloureusement palpable, une balle perdue touchera cependant la mère de l’enfant, tuant l’enfant qu’elle attendait de mettre au monde.