« J’ai été marqué par ce film, j’en ai même fait des cauchemars. Passé le côté bande-dessinée, c’est tout de même ultra violent, à la limite du supportable. C’est le meilleur des Rambo. Le personnage devient définitivement une sorte de personnage primitif, plus que jamais une bête de guerre. Stallone y est d’ailleurs lui-même quasi méconnaissable. Derrière son prétexte de dénonciation du régime birman, Rambo reste évidemment un grand personnage républicain et la fin du film est ici particulièrement orientée me semble-t-il. La logique du "fallait pas y aller, mais puisqu’on y est, maintenant faut finir le boulot avant de rentrer chez nous" qui préside au scénar, colle précisément au point de vue de McCain sur l’Irak. La cruauté, le sadisme, le racisme du film, c’est Rambo. C’est un film unique et puissant. » Nicolas BoukhriefVingt ans après sa dernière mission en Afghanistan, le vétéran le plus célèbre de toute l’histoire du cinéma a tenté un improbable come back il y a quelques mois, squattant les écrans mondiaux et imposant sa silhouette massive dans le paysage filmique qui semblait pourtant avoir bel et bien tourné la page des épopées des cultissimes héros des 80’s. A l’heure où beaucoup ont déjà assisté au grand retour de
John Rambo -les autres pourront se rattraper prochainement avec la sortie DVD- , il est peut-être temps de revenir sur l’évolution de ce personnage qui nous apparaît, plus que jamais, comme un mythe dont l’ambiguïté réconciliera aussi bien les amateurs de toujours que les détracteurs convaincus. Portrait d’une icône en quatre films.
FIRST BLOOD : LA GENESEDifficile de parler de la création du personnage de
Rambo sans évoquer les parcours aussi bien de son acteur attitré que de l’écrivain à l’origine du livre matriciel. En 1982, celui que l’on nomme l’Étalon italien est à la recherche d’un nouveau rôle à la hauteur de son talent. En effet, Sylvester Stallone est encore auréolé du succès mondial de son chef d’œuvre
Rocky, sorte d’autobiographie distante dont la trame n’est pas à rappeler et qui a déjà connu à l’époque deux suites. Souhaitant véritablement changer de registre, il se lance dans la quête d’un scénario qui lui permettra de traiter de nouveaux sujets humains dont l’acteur est friand. A cette même époque, un script tourne dans les bureaux des maisons de production, le texte relatant le délicat retour d’un vétéran du conflit ayant opposé les États-Unis au Vietnam. Ce scénario est en fait l’adaptation d’un roman nommé
First Blood écrit par un professeur universitaire, David Morell, et parut en 1972. Le futur écrivain, dans cette trouble période post-guerre de la fin des années 70, est confronté à un problème des plus surprenants : alors qu’il officie lors d’un cours, il est assailli par la colère de jeunes élèves, tout juste revenus du conflit, et lui reprochant sa morale et ses belles paroles. En effet, beaucoup, profondément hantés par le chaos qu’ils ont connu et la perte d’amis chers, ne considèrent plus leur pays avec le même entrain patriotique d’avant leur départ et ne supportent pas que l’on tente d’ignorer les sacrifices qu’ils ont subi pour les idéaux nationaux. Morell, meurtri par la désillusion générale, est bientôt obsédé par le sort de ces jeunes gens, forcés de vieillir trop vite pour la gloire d'un étendard. Conscient des faiblesses du système et du peu de considération envers les anciens engagés, il se lance alors dans la rédaction d’un ouvrage traitant du retour douloureux d’un jeune soldat dans sa patrie mère, celui-ci ayant été un jeune innocent et idéaliste avant son incorporation. Victime de l’ignorance générale et du dédain quant à l’avenir de cette jeunesse sacrifiée, le professeur baptise symboliquement son livre
First Blood (premier sang), un titre métaphorique annonçant la couleur des choses : Le premier sang est à la fois celui versé par les jeunes soldats, mais aussi celui qu'a fait couler la riposte gratuite des villageois de l’intrigue, et surtout le sang juvénile perdu par la patrie matricielle.

Le scénario passe entre les mains de réalisateurs tels que Martin Scorcese ou John Frankenheimer, mais le nihilisme assumé des écrits de Morell n’emporte pas l’unanimité, le traitement sous ses airs bruts étant relativement contestataire et engagé. Finalement, et après avoir connu une première partie de carrière dans les couloirs, le script finit entre les mains de Mario Kassar qui, passionné par l’engagement narratif, l’achète pour une bouchée de pain. A la recherche d’un acteur pouvant offrir la sensibilité due légitimement au personnage du jeune vétéran nommé John Rambo qui est, selon l’auteur, une victime avant d’être un tueur sanguinaire, son choix se pose aussitôt sur Stallone, adulé par le public mondial pour sa prestation humaine du boxeur champion du monde. Celui-ci se passionne pour le roman qu’il prend à cœur comme jamais, frustré que son jeu de flic hippie concerné par la cause des vétérans dans
Rebel soit passé aux oubliettes. L’acteur au grand cœur, fonctionnant essentiellement au feeling, se jette alors dans la réécriture systématique laissant derrière lui un peu moins d’une dizaine de versions. Arrivé à un résultat qui satisfait pleinement les producteurs, Stallone envoie un exemplaire à Kirk Douglas qui, lui aussi, se prend d’affection pour ce drame humain et plus spécialement pour le rôle du Colonel Trautman, figure paternelle de l’intrigue dont la sagesse et la prestance lui semblent appropriées à sa réputation. Malheureusement, la production refuse d’accorder certains caprices de la star qui réclame, entre autres choses, qu’une partie de l’intrigue soit remaniée. Comme chacun sait le rôle reviendra par la suite à Richard Crenna qui l’immortalise de toute sa retenue…