Aussi à l'aise chez Kenneth Branagh adaptant Shakespeare, qu'en vampire sexy dans
Underworld, capable d'apparaître dans des productions aussi prestigieuses que
Aviator et de se fourvoyer à l'affiche de l'immonde
Pearl Harbour, Kate Beckinsale, malgré sa jeune carrière, possède déjà une filmographie bien garnie. De quoi se prêter au jeu de notre désormais mythique "classe/pas classe"...
AVIATOR : Très classe malgré tout
Aviator couvre près de vingt ans de la vie tumultueuse d'Howard Hughes, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l'aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l'industrie aéronautique en même temps qu'une figure mythique, auréolée de glamour. Fragmenté en trois parties (Howard Hughes et le cinéma, Howard et l'aviation et Howard et ses démons intérieur), ce biopic oscille entre reconstitution majestueuse de l’âge d’or hollywoodien et introspection douloureuse de traumatismes qui vont peser sur toute la vie de Hughes L'interprétation fournit des efforts appréciables pour consolider ces blocs entre eux :
Leonardo DiCaprio est impeccable mais les bonnes surprises viennent également des seconds rôles, de
Jude Law en
Errol Flynn à
Cate Blanchett, excellente en Katharine Hepburn. Visuellement, le film est superbe, jouant entre les styles graphiques, les textures d'images définissant l'évolution du cinéma, recréant son évolution entre les années 20 et 40 dans un subtil mélange de plans travaillés et d'effets spéciaux. Voir sur un grand écran à nouveau la réunion de Di Caprio et Scorsese a - il est vrai - des vertus euphorisantes, mais le sentiment de satisfaction qui emplit le spectateur après la vision de
Aviator est surtout le signe que ce biopic sur Howard Hughes plaît et que sa bonne facture le place au-dessus du tout-venant. Pourtant, malgré sa profusion de qualités - incontestables, oui -, l'impression que laisse cet
Aviator a beau être positive (beaucoup, beaucoup de plaisir et beaucoup de très grands moments), elle n'en reste pas moins mitigée en raison de sa durée excessive (presque trois bonnes heures) et d'une dernière partie inutilement étirée. Réserves minimes pour un film immense.
BROKEDOWN PALACE : Pas très classe
Autour de deux Américaines (
Claire Danes et Kate Beckinsale) mise en prison thaïlandaise, Jonathan Kaplan (
Project X) réalise une version soft de
Midnight Express. Exit les ambiances glauques et froides et place au conventionnel et au ‘'politiquement correct''. Brokedown Palace est beaucoup trop propre et ‘'Hollywoodien'' pour arriver au quart du tiers de la moitié de la puissance du film d'
Alan Parker (dans le fond comme dans la forme)… Aucun risque n'est pris, tant au niveau de la mise en scène que de l'écriture du scénario et la photo de Tom Siegel (
Usual Suspects) n'arrive jamais à créer un climat d'angoisse et d'oppression tant attendu. Malgré tout les deux comédiennes sont très justes et font ce qu'elles peuvent mais se retrouvent très vite engluées dans un carcan scénaristique d'une grande pauvreté et dénué de toute sensibilité. Rarement Bill Pulman et
Lou Diamond Phillips n'ont eu à interpréter des personnages si ‘'vides''. Résultat, jamais le film n'arrive à nous faire partager la détresse de ses deux héroïnes et l'on finit par s'y ennuyer ferme.