S'il est un réalisateur japonais méconnu qui vient avec le développement du Dvd et de la nouvelle cinéphilie sur le devant de la scène, et pour notre plus grand plaisir, c'est indéniablement Kenji Misumi. En effet, en l'espace de quelques sorties et éditions soignées, s'est laissé entrevoir l'œil talentueux d'un auteur. Dans les genres si particuliers qu'il s'était choisis, le Chambara et le jidaï geki, et dans une logique de studio faite de contraintes strictes et de produits à vocation populaire, c'est une œuvre d'un seul tenant qu'il a su constituer, nous offrant au passage, deux séries mémorables,
Baby Cart et
Zatoïchi.
C'est donc à ce cinéaste car le mot est à prendre au sens premier, à l'artisan de cinéma et à l'auteur que nous allons rendre hommage au travers de ce premier dossier saluant les cinq ans d'une collection incontournable lancée par Wild Side Vidéo, celle des Introuvables.
L'ombre d'un maîtreLe jeune Misumi Kenji naît en 1921 à Kyoto, l'ancienne capitale impériale préservée dans le quartier des plaisirs de la cité, Pontocho. Fruit de la liaison illégitime et adultérine entre un homme d'affaires aisé de Kobe et une geiko, une fille de plaisir, Kenji Misumi voit donc l'horizon de ses premiers jours sous une lumière bien sombre. L'impact en sera marquant d'ailleurs puisqu'il souffrira longtemps des ténébreuses affres de sa naissance au point que les thématiques qu'il explorera des années plus tard dans ses films se nourriront explicitement au lait de cette douleur primitive.
Alors que sa mère du fait de ses activités ne peut s'en occuper, il est confié à sa sœur Shika, qui œuvre dans une auberge voisine du quartier, tandis que son père, Fukujiro Misumi, directeur et créateur de la riche Misumi Shoji, refuse toute reconnaissance en paternité. Toutefois, le temps aidant, ce dernier s'il s'est déresponsabilisé symboliquement, assumera et apportera le soin nécessaire – au moins sur le plan financier - pour que celui qu'il considérera plus tard avec fierté comme son fils et sans jamais l'avouer, ne manque matériellement de rien. Pourvoyant à ses besoins et malgré ce soin tardif, le jeune Kenji Misumi en voudra toujours à son père au point d'exprimer à son égard plus qu'une forte aversion. En effet, selon lui, l'absence de sa mère à ses côtés, le fait qu'elle ne l'élève pas et qu'il ne la connaisse pas, lui en sont directement imputable.

Les années passant, la relation paternelle s'installe sans jamais se départir de froideur, cependant retrouvant une sérénité calme et moins tortueuse, l'enfance du jeune Misumi Kenji se partage sans autre peine entre l'école et l'arrière boutique de l'auberge dans laquelle sa tante et mère adoptive œuvre, entre pratique des arts, lectures et force intérêt pour la culture en général.
Son père s'impliquant davantage avec les années va plus tard avoir l'idée de l'inscrire au lycée supérieur de commerce de Ritsumeikan, à Kyoto, avec la secrète envie que cette filiation autrefois scandaleuse ne suive ses traces. Malheureusement pour son père et fort heureusement pour notre plaisir, loin de ses considérations et enviant peu un tel dessein, le jeune Kenji se passionne pour tout autre chose. Son quotidien est en effet fait de littérature, de peinture et de dessin. Mais c'est aussi à cette époque déterminante de son existence, qu'il s'éprend des films de Daisuke Ito ou de ceux de sabre tels
Denjiro Okouchi et
Tsumasaburo Bando, précurseurs de ce que seront les serials tout en costumes et en épées des décennies suivantes.