L’indépendance : une vigueur nouvelle Indépendance rime en effet avec liberté et radicalité pour le cinéaste et sa compagne. Et la première preuve de cela réside dans la poursuite de sa réflexion sur le mélodrame et son refus, pensée qui prendra corps en 1965 avec
Histoire écrite sur l’eau réalisé pour la Nikkatsu. Seul maître à bord, ce film brille manifestement du fait de sa liberté. Ainsi, rayonne-t-il à l’époque par son symbolisme, la munificence de ses compositions et l’érotisme grandiose qui s’en dégage. En effet, en décidant de raconter l’écheveau amoureux qui relie sa famille à ses amours, le métrage déploie des thématiques particulièrement osées et entreprend une libération des formes bien divergente de celles que l’on rencontre ailleurs dans le cinéma japonais des sixties. Dès lors, Yoshida travaille le rapport à la sexualité et à ce que cela implique dans le couple et dans le regard que le spectateur porte sur l’ensemble. Le cinéaste livre par conséquent avec ce film, une œuvre qui questionne avec virulence le rapport aux structures du pouvoir traditionnel nippon (le Père, l’Etat, l’Empereur). De plus, portant explicitement sur l’inceste et sa facilitation, le métrage aborde un thème que reprendra Louis Malle en 1971 avec
Le Souffle au cœur et qui ne sera pas sans choquer.
Cinq films de transition suivront ensuite.
Le Lac des femmes en 1966 sera le premier et restera comme une rupture dans la carrière du cinéaste : celle d’une indépendance absolument assumée. En effet,
Le Lac des femmes est la première production de la toute jeune société montée deux ans auparavant avec Mariko Okada, sa femme. Adaptant une nouvelle du grand auteur japonais qu’est Yasunari Kawabata, le film joue sur la duplicité des membres du couple et sur la position intenable qu’y tient la femme, à la fois adultère et victime de son désir. Si cela indéniablement rappelle
La Clef de Tanizaki et les constructions habituelles qui s’organisent autour de la femme japonaise, on est toutefois très loin de la femme telle que Kenji Mizoguchi a pu la dépeindre. En effet, ici, le fantasme joue avec la nudité et le désir avec sa révélation, que ce soit vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres. Et tout cela se révèle dans une composition esthétique remarquable où les plans qui se succèdent, sont autant de remises en question narratives que de motifs infinis de séduction pour le spectateur. Agité, audacieux à merveille,
Le Lac des femmes impressionne donc plus que ne le laisserait penser son synopsis, celui d’une femme qui fera tout pour récupérer les clichés qui attestent de son infidélité et de sa coupable sensualité.
Passion Ardente et
Flamme et Femme suivront en 1967 tandis qu’
Amours dans la neige et
Adieu, clarté d’été clôtureront 1968. Marquant une profitable et très agréable série de films où le talent de Kijû Yoshida ressort et transpire, ces quatre métrages de transition permirent à leur auteur de poursuivre un cheminement qui le conduira jusqu’à la première déflagration de sa carrière :
Eros + Massacre.