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Kiyoshi Kurosawa : Portrait + Tests Dvd [page 3]

Par Gwenael Tison - publié le 11 novembre 2007 à 20h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h11 - 0 commentaire(s)
Forts du succès en 1998 de Ring de son ami Nakata, les studios proposent à Kurosawa de réaliser Kourei, un petit téléfilm reprenant les grandes lignes déjà présentes dans Ring dans l'approche du fantôme. La sphère du fantôme ne se limite pas aux phobies et aux obsessions, il génère aussi hallucinations et délires qui contaminent ici littéralement la réalité des films de Kurosawa. Paradoxalement même si le film semble a posteriori une œuvre mineure il reçut le prix de la critique au Festival du Film Asiatique. Il s'octroya même une sélection à Cannes en 2001 dans la catégorie Un certain regard gagnant par la même occasion le prix de la critique internationale.


Kourei n'était qu'un amuse-gueule afin de permettre à Kurosawa de réaliser ce qui reste à ce jour comme l'un des films les plus terrifiants et les plus aboutis qu'il nous a donné. Kaïro marqua tous les esprits lors de sa sortie en salle. D'une noirceur abyssale le film est aussi celui qui bénéficie du plus gros budget. Ce qui permit à Kurosawa de pouvoir pleinement donner une véritable assise à la puissance fulgurante de ses images. Le thème de la survivance sert de canevas dans Kaïro avec la résurgence des ombres éternisées sur les murs d’Hiroshima et de Nagasaki suite au feu nucléaire : la fin du film est de ce point de vue des plus impressionnantes dans la mesure où elle nous dévoile un Tokyo vidé de sa population littéralement devenue poussière. L’aspect fataliste est d’autant plus prégnant que c’est en voulant aider les autres que les personnages se condamnent, sans le savoir, à disparaître. L'étiolement du vivant est un des phénomènes les plus effroyables du film : un virus qui se propage dans le réseau Internet, du numérique, se met inexplicablement à contaminer le biologique. Les individus qui s’attardent à regarder leurs écrans d’ordinateur finissent par se suicider. Lorsque les gens meurent, leurs corps « s’évaporent », laissant une grande tache noire à l’endroit même de leurs disparitions. Peu à peu, une vague de disparitions sans précédent est engendrée, commençant par la ville de Tokyo puis se répandant dans tout le pays. Succès immédiat.

Alors âgé de 49 ans on lui propose un poste à l'université des beaux-arts nationaux de Tokyo grâce à l'appui d'entre autres de Takeshi Kitano. La dimension théorique qu'il met en scène reçoit donc une reconnaissance émérite. Fort de son contact au quotidien avec la jeunesse japonaise, son regard noir et désespéré sur cette génération évolue et s'adoucit un peu. C'est ainsi qu'il met en scène dans son film suivant, Jellyfish, deux générations perdues, l'une incarnée par le brillant Tadanobu Asano et l'autre avec Tatsuya Fuji l'illustre acteur de l'Empire des Sens d'Oshima. Jellyfish devient l'œuvre la plus poétique de l'auteur, où chaque séquence renferme un sens métaphorique. C'est donc tout naturellement que JellyFish se voit sélectionné à Cannes en compétition officielle en 2003. Hélas le film proposé en Europe étant tronqué d'une demi-heure, l'œuvre souffre quelque peu de ce rabotage abusif. De retour au Japon il obtient le prix du meilleur film ainsi que celui du meilleur réalisateur. Pour autant le film n'eut qu'un maigre succès public.


Ses nouvelles fonctions à l'université freinent la productivité de Kurosawa. Pour autant il réalisa la même année que Jellyfish l'injustement ignoré Doppelganger qui marque définitivement le chant du cygne de Kurosawa. Le film devient un véritable terrain de jeu où l'homme expérimente les jeux de cadrage et surcadrage avec son histoire de double maléfique. Pour l'occasion il retrouve son acteur attitré Koji Yakusho. Le film restera trop dans l'ombre de Jellyfish n'ayant qu'une sortie timorée à l'international. En France le film demeura jusqu'à récemment totalement invisible légalement. Cependant avec Doppelganger on peut reprocher une liberté de ton qui propose un film aux confluents des genres entre thriller, fantastique et comédie. Le grand point fort vient de Koji Yakusho, qui joue magistralement. Koji interprète les deux facettes d'un même personnage aux prises à un dédoublement d'identité. Aidé en cela par des prouesses visuelles l'acteur déploie tout le talent qu’on lui connaît. Bien plus que la face maléfique, le doppelganger incarne ses désirs et ses actes refoulés. Doppelganger est véritablement un film en dents de scie, où la quête identitaire n'est pas forcément salvatrice et où les multiples niveaux de lecture poussent le spectateur à revoir le film plus d'une fois. Chant du cygne de Kurosawa, Doppelganger est une œuvre forte, mais inégale.

En pleine crise Kurosawa semble avoir exploré au plus loin les limites de son art. Dès lors, il se retourna vers ses premières amours continuant de surfer sur la vague des fantômes japonais. Il réalisa un court métrage horrifique en 2004, Ghost Cop. Année pendant laquelle il fut approché par les Américains pour un remake de Kaïro. D'abord réticent il accepta néanmoins sans pour autant prendre la réalisation du projet à la différence de Nakata avec Ring 2. Le film donna l'indigeste purge de Pulse, l'un des plus effroyables remakes américains de films japonais. Il persista sur sa lancée après Ghost Cop en acceptant un film de commande, Retribution, pour réaliser un film personnel Loft. Tous deux très en deçà de ce que le réalisateur nous avait habitué. La critique et le public sont divisés par l'enlisement dans lequel Kurosawa semble se fourvoyer. On craint le pire, mais Kurosawa a su par une filmographie des plus éclectiques montrer qu'il n'en restera pas là. Et c'est avec une grande joie baignée de méfiance que l'annonce de son prochain film Tokyo Sonata, a été accueillie. Kurosawa semble avoir définitivement rangé au placard ses fantômes et autres revenants d'outre-tombe pour replonger dans un drame qui prend place au cœur de la capitale de l'archipel. Produit par Fortissimo gageons qu'il réussisse à retrouver de sa superbe avec cette nouvelle histoire qui s'attache à suivre la vie d'une famille japonaise ordinaire, en cherchant à dévoiler le côté sombre de la nature humaine et des problèmes sociaux.
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