Il suffit de voir la présentation de Jesse James (Brad Pitt), gaillard viril qui sort de l’obscurité pour arrêter un train en contre-champ. De le voir là, transcendé par la lumière, par la musique, pour comprendre la tenue de
L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, œuvre magnifique, minérale et irréelle, romantique et déchirante, qui revisite l’un des mythes fondateurs de l’Amérique après Henry King, Fritz Lang, Samuel Fuller, Nicholas Ray et consorts. Par la grâce d’une maîtrise formelle impeccable (sens du cadre et de l’écoulement du temps à l’intérieur du plan, jeu sur les focales, images fixes distendues par de légers travellings dans le bruissement d’un monde ancien) et d’une intelligence dans le récit (attention extrême pour les errances mentales et les dérèglements du corps des personnages, progression dramatique par accumulation de blocs d’affects, importance des regards troublés et des corps éprouvés), Andrew Dominik signe un grand film sur le manque (l’un – Jesse James/Brad Pitt – n’est rien sans l’autre – Robert Ford/Casey Affleck) où l’éblouissement et la mélancolie constituent une seule et même nature. La Warner ne savait pas comment vendre cet objet inclassable à sa sortie dans les salles françaises ; l'absence de suppléments sur le zone 2 (une honte absolue) confirme qu'elle persiste à sous-estimer cette merveille qui représente le meilleur du cinéma américain actuel et constitue rien de moins que ce que l’on pouvait voir de mieux au cinéma l’an passé. Pour les retardataires et ceux qui cherchent le descendant de John Ford, le visionnage s’impose. Urgemment.
