François Truffaut disait de l’Aurore qu’il était «
le plus beau film du monde » ; l’historien du cinéma Jacques Lourcelles le tient pour sa part dans son
Dictionnaire du cinéma pour « l’œuvre la plus symphonique, la plus synthétique, la plus cosmique et en définitive la plus lumineuse de Murnau ». Récoltant les louanges et la reconnaissance du temps, le premier film américain de l’un des maîtres de l’expressionisme allemand impose donc un respect mâtiné d’admiration devant ce qui reste comme un chef d’œuvre absolu dans la filmographie de la fin des Roaring twenties. L’anniversaire des éditions Carlotta était donc le moment idéal pour se replonger dans ce classique intemporel et tenter d’en approcher modestement la splendeur.
Adaptant sous la plume de Karl Mayer,
Le voyage à Tilsitt de Hermann Sudermann à la demande de William Fox en 1927, Friederich Murnau avec L’Aurore ne cesse d’innover et compile en effet un nombre incroyables d’ingéniosités et de mouvements d’appareils insensés. Mais plus que cela encore, il offre à qui le verra l’expression portée à sa plus juste incandescence d’un génie à qui l’on n’a rien refusé. Ni les moyens gigantesques, ni la plus grande liberté qui soit, à tel point que Jean Dormachi écrira dans son
Anthologie du cinéma, qu’«
Il y a dans ce film une adéquation parfaite entre la forme et le contenu, à telle enseigne que chaque épisode, même projeté séparément, acquiert une densité exceptionnelle. » Par conséquent, se livrer à une étude de séquences de ce que le muet allemand a produit de plus impressionnant, relève du défi périlleux. C’est donc avec une humilité certaine que l’on se prêtera à l’exercice, non sans essayer de marquer toute la maestria de l’auteur de
Tabou et
Nosferatu le vampire.
Plaçant à la photographie Charles Rosher et Karl Struss, L’Aurore sous la direction de F.W.Murnau nous conte l’histoire d’une transgression et d’une tentation possiblement mortifère, celles d’un homme - joué par Georges O’Brien – qui, séduit par une vamp venue de la ville, va tenter de tuer sa femme pour mieux succomber à ses désirs et autres bas instincts avant de finalement se raviser. Dès lors, nous allons donc nous intéresser non pas à l’ensemble du métrage mais à l’une de ses scènes marquantes, celle où l’homme essaie sur le lac de se débarrasser de sa femme. Le choix s’avéra cornélien tant le film recèle de moments de bravoure filmique, c’est pourquoi le fait d’opter pour cette séquence aurait très bien pu être se porter sur la scène de la transgression entre le héros et sa maîtresse venue de la ville ou sur celle plus forte encore où ces derniers traversent la ville.
Bien décidé à noyer sa femme, en plein lac, notre homme prémédite poussé par les pensées de sa maîtresse, son acte. Ainsi, le voit-on avec en transparence par-dessus lui, le plan du lac voisin puis les obsessions qui peuplent son éveil après que son épouse ait réveillé son mari.