Le plan les sépare et c’est une chute de cette dernière qui va les revenir avant que ne commence la fuite dans les bois et l’arrivée plus tard vers la ville paradoxalement rédemptrice. Un panneau alors termine plus neuf minutes après son début la séquence en se faisant l’écho des paroles suppliantes et sincères du mari atterré à tous points de vue : «
N’aie pas peur de moi ! »
Symbolique d’une rédemption à conquérir, le récit de leurs retrouvailles ne prendra effet que dans la poursuite et le fait d’attendre ensemble la lumière et dans les faits, la ville où l’on oubliera ce qui s’est passé pour s’efforcer de vivre ensemble à nouveau.
Avec cette longue séquence, d’une richesse aussi estimable que rare, F.W.Murnau nous donne à voir tout l’intérêt d’une mise en scène pensée et structurée qui littéralement annonce ce qui va suivre, l’accompagne et porte les événements à leur plus haut degré d’intensité. Avec l’Aurore, ce dernier réussit l’un des films les plus marquants par la puissance de chacun de ses plans, du point de vue esthétique certes mais aussi du point de vue du jeu et de l’expressivité maîtrisée de ses personnages. Ainsi, tout forme un amalgame qui mérite vraiment l’appellation cinématographique car c’est avec de tels segments que le medium s’est construit un avenir et bâti une profondeur qui l’a mené au rang d’art reconnu. En effet, dans cette séquence, figurent tous les éléments de l’expressionisme à une exception près, la nuit qui pourtant trouve son écho dans la noirceur des traits et du faciès du mari mortifère. [A ce propos, le supplément présentant Murnau en tant que cinéaste et s’attelant à l’étude de la lumière dans cette séquence et la suivante s’avère d’une grande richesse sur ce point, complétant tout en la soulignant davantage l’analyse ici présente.]
Par conséquent, tout dans cette séquence se conjugue pour donner sa pleine mesure au métrage et pour aller dans le sens d’une édification subtile et sensible du récit et l’explicitation par la seule image d’un drame à la fois intérieur et conjugal reposant sur le désir, la transgression et la plus intense sentimentalité. Avec cette histoire passionnelle que cette séquence cristallise au mieux, L’Aurore touche encore et c’est donc avec un respect profond qu’il faut saluer l’intelligence et le travail de ce maître que fut Friedrich Wilhelm Murnau car chaque plan recèle plus de quatre vingt ans après, son lot de virtuosité, que ce soit dans la composition, son enchaînement aux suivants ou dans son rythme.
Sources : L’Aurore, DVD Carlotta
Compléments du DVD l’Aurore signés par Carlotta et réalisés par Allerton Films