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L'empire Du Soleil : Plus De Vingt Ans Apres [page 1]

Par Florent Kretz - publié le 14 août 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h19 - 0 commentaire(s)
Il y a un peu plus d’une vingtaine d’années, le magicien Spielberg mettait de côté sa maestria onirique pour une approche beaucoup plus frontale et adulte dans l’une de ses œuvres les plus sombres, l'Empire du Soleil. Adaptation brillante d’un roman autobiographique déchirant de James Ballard, le film marquera le second essai du metteur en scène dans la part grave de sa carrière qui était jusqu’à présent dévouée à l’évasion au travers du divertissement. Révélant un jeune comédien hors du commun, abordant les thématiques esquissées lors de ses précédents films aux intentions imaginaires mais cette fois-ci avec une rigueur d’homme responsable, Spielberg offrira l’un de ses films les plus personnels, les plus bouleversants mais surtout les plus beaux, laissant sans aucun doute à ceux qui l’auront vu des images impérissables et hantées par une détresse exceptionnelle. A l’occasion de la ressortie DVD de ce chef d’œuvre, Dvdrama se penche rapidement sur cet Empire du Soleil qui continue d’illuminer nos cœurs depuis sa sortie.


L’une des caractéristiques de l’ensemble du parcours du génial Spielberg est la capacité du monsieur à offrir à son public des métrages que le temps ne semble jamais défraîchir ou même à faire varier le sens. Ainsi, hormis quelques exceptions, chaque film du réalisateur possède en lui cette faculté consistant à ne même pas ressentir les rides des années, à l’instar de ces toiles magnifiques et éternelles qui trônent fièrement dans nos musées mais qui souffrent parfois d’un besoin flagrant d’intervention extérieure pour les conserver. L'Empire du Soleil est de celles-ci, celles qui semblent certes appartenir à une époque mais qui, pleines de grâce, semblent hantées par cette sensibilité juvénile et cette esprit si particulier caractérisant l’approche générale du metteur en scène culte. Pourtant, le film tant mentionné est animé d’une rage, d’une grandeur très spéciale et d’un désir de se faire responsable, dimension qui jusqu’alors était rare voire inexistante dans l’ensemble de son parcours. En effet, de par le choix même du sujet du projet mais aussi de la place où celui-ci figure aussi bien dans sa filmographie que dans sa vie, Spielberg s’affranchit d’une magie qui avait fait sa gloire pour adopter la vision sombre et même pessimiste qui marquera tout un pendant de sa vie de cinéaste : celle d’un témoin du mal, celle d’un homme qui décide que son art ne servira plus uniquement à apporter du bonheur mais aussi à confronter son public aux horreurs plus ou moins passées et dans lesquelles chacun risque un jour ou l’autre de tomber… Une nouvelle corde à l’arc du cinéaste qui part en chasse des événements marquants de son siècle, bien décidé à ne pas laisser certains traumas sans réponses dans l’oubli des générations à venir. Le réalisateur, par la même occasion, s’exprimant sur ses propres démons et ses phobies de toujours : l’abandon, l’illusion, le désespoir et la perte du noyau familiale…


Il ne faut pas aller chercher bien loin pour comprendre ce qui a pu fasciner le cinéaste dans cette histoire épouvantable, au sens effroyable et totalement désespérée du terme. Bien que le réalisateur n’ait jamais connu les horreurs de la guerre ou même les blessures morales s’étant abattues sur le jeune James Ballard, Spielberg retrouve en lui quelques plaies qui ne se sont jamais refermées et qu’il tentait pourtant de cautériser dans ses précédentes œuvres. Celles de la dissolution familiale, de l’incompréhension parentale aux effrois enfantins et l’absence de communication entre les êtres qu’il aimait… En l’espace d’une lecture du roman de Ballard -texte expiatoire d’un écrivain de renom qui d’habitude s’essaie à l’anticipation mais qui aura tout de même souhaité, quarante ans après le drame, s’exprimer et ainsi se sauver du gouffre duquel il n’était jamais sorti-, le champion du box-office s’assimile totalement au narrateur et revit ses propres cauchemars. Ainsi, en l’espace de la découverte d’un ouvrage, il se sera à nouveau confronté aux relents du passé qu’il pensait avoir soigné. Passionné par l’ouvrage que lui a confié David Lean qui pensait en faire une adaptation, déchiré par la similitude de son enfance dévastée face à celle de Ballard, le cinéaste est convaincu d’être le seul à pouvoir retranscrire au mieux les écrits et d’en garder cet esprit si particulier, ce tourment et ce pessimisme innocent propre à l’enfant abandonné. Même s’il a été adoubé par l’auteur, même s’il possède le prestige qui lui ouvre toutes les portes malgré l’accueil critique mitigé de son précédent film La couleur Pourpre, et surtout malgré le fait qu’il soit convaincu qu’il porte en lui les outils qui proposeront le meilleur pour cette histoire improbable et révoltante, Spielberg sait que ce nouvel épisode dans sa carrière ne va pas être une partie de plaisir et qu’il va devoir fréquenter au quotidien ce qu’il a tant cherché à refouler.


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