Par N. Houguet, La Rédaction - publié le 15 décembre 2006 à 04h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h20 - 0 commentaire(s)
SUR LA ROUTE DE MADISON

Un film assez surprenant où Eastwood montre sa part sensible. Certains le qualifient de bluette ou de mélo. Chabrol le déteste par exemple, avec une hargne que j’ai du mal à comprendre. Pourtant ce film est raffiné, extrêmement juste et émouvant.

Car enfin qui peut connaître les secrets de sa mère ? Le point de vue adopté est celui des enfants qui découvrent à sa mort une femme passionnée qu’ils ne soupçonnaient pas. Elle leur a écrit une lettre pour leur dévoiler l’amour enflammé qu’elle a vécu avec un homme de passage, pour qui elle aurait pu tout lâcher. Ils découvrent dans ce testament le témoignage de ce à quoi elle a renoncé pour eux, ainsi que pour son mari qui n’était pas un mauvais bougre. Elle a renoncé à la voie de son cœur, a cadenassé profondément en elle le souvenir de ces quelques jours qui ont révélé la vraie femme qui sommeillait en elle, pour eux. C’est très beau de montrer ça. Avec autant de raffinement. Ce personnage de femme merveilleusement incarnée par Meryl Streep est tout simplement l’un des plus beaux jamais montré au cinéma. En d’autres mains, ça aurait certainement pu être un épouvantable mélo larmoyant. D’ailleurs le livre dont il est adapté n’est pas très bon, un côté très « à l’eau de rose » que le réalisateur a sublimé.



Ici l’émotion est poignante et juste , il n’y a pas de chantage là dedans, simplement de la justesse. Et c’est vrai que le personnage du photographe est extrêmement gentil, presque irréel tellement il a du charme. Mais c’est sans doute aussi parce que c’est elle qui le perçoit ainsi. Tout est vu par son prisme à elle. C’est assez étonnant de voir celui qui interpréta Harry Callahan épouser avec autant de sensibilité le point de vue d’une femme, dépeindre son désir, sa frustration, son mystère, avec une acuité dont la plupart des hommes serait incapables. Il existe un « Festival de films de femmes » . Assez étrangement, je crois que s’il est un film juste sur les femmes, pas forcément féministe, mais qui nous en dit très long sur les femmes au foyer désespérées, c’est bien celui là.

Alors un mélo certes. Emouvant, sans l’ombre d’un doute. Il vous tirera sans doute quelques larmes si vous n’êtes pas un crétin insensible et pinailleur. Mais il est juste et sobre, ce film. Jamais racoleur, même dans les scènes d’amours entre les deux personnages principaux. On aurait pu les craindre d’ailleurs, comme une incohérence. Car la frustration du personnage de Meryl Streep est si profonde que cet amour semblait voué à demeurer inassouvi. Mais cet homme si étranger à son univers la révèle en tant que femme et c’est ainsi qu’elle succombe. Elle n’est plus celle qui s’ennuie, qui rêvasse à sa fenêtre ou qui s’abrutit d’activités concrètes (ménage, cuisine, repassage, petites contrariétés de son gentil mari et de ses enfants conformistes même à l’âge adulte), tout pour oublier qu’elle est Francesca la romantique. Celle que ce photographe venu d’ailleurs va raviver, pour le meilleur et pour le pire. Celle qu’il va aimer lui aussi, qu’il n’oubliera jamais. Ces deux là ne pouvaient pas s’avoir et n’auraient pas dû se rencontrer. Finalement, leur passion même consommée, demeure insatisfaite puisqu’aucun avenir ne leur est commun.



La mise en scène d’Eastwood est comme toujours très sobre et classique, sans aucun artifice. Il veut avant tout, comme d’habitude, rendre ces personnages vibrant de vie, mettre leur histoire en valeur, les sentiments sur leur visage et dans leurs gestes en avant. Il y réussit ici d’une manière magistrale.


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