Parce que la vie du DVD ne se résume uniquement pas aux derniers gros produits gonflés à bloc et remplis de suppléments, ni même aux grands classiques d'antan réédités avec prestige,
La DVDthèque idéale reviendra régulièrement sur ces nombreux disques que l'on a un peu oublié, mais qu'on aime néanmoins. Petites perles, films cultes, nanars, zederies en tous genres, ou tout simplement des gros coups de cœur qui trônent fièrement dans votre collection personnelle comme au fond d'une boutique d'occasion, seront alors remis en avant. Défendez-les, (re)découvrez-les et bâtissez, vous aussi, votre DVDthèque idéale…
AUJOURD'HUI : BAD TASTE !N'en faites plus ! Stoppez tout, arrêtez les études (de cinéma en tout cas, pour ceux ont choisi cette voie), et que les nombreux Spielberg en herbe qui traînent parmi vous s'exercent à l'apprentissage cinéphilique instinctif et sur le tas. La méthode Jackson paye, c'est un état de fait puisqu'en mode rewind, on passera des colossales entreprises que sont
King Kong et la trilogie du
Seigneur des anneaux pour remonter quelques années en arrières.
Bad Taste, c'est son titre, est certes le premier long métrage de Peter Jackson a avoir pénétré le circuit professionnel avec un chouette coup de pouce du destin, mais c'est surtout le film amateur le plus populaire de toute l'histoire du cinéma. Gore, grotesque, un peu cartoon et incroyablement ingénieux,
Bad Taste, c'est effectivement tout sauf du mauvais goût.
BAD TASTE (1987)De Peter Jackson
Avec Peter Jackson, Doug Wren, Terry Potter, Craig Smith
Disponible en édition spéciale Zone 2 (Columbia) et Zone 1 (Anchor Bay).
Intrinsèquement le film est une petite perle, c'est indéniable et nous en parlerons un peu plus bas, mais l'histoire de sa conception s'avère être bien plus fascinante encore. A ce titre, le DVD (français comme américain, et même la version longue de
King Kong en parle lourdement) est une vraie bible du cinéma fait à la maison, mu par la simple volonté de créer, et une déclaration d'amour au cinéma de genre. Une déclaration tout bonnement phénoménale. Si aujourd'hui il suffit de parcourir les forums de vidéastes divers pour découvrir des courts ou longs métrages archi indépendants bricolés avec trois francs et six sous par quiconque possède une caméra, un ordinateur et du talent, le jeune Peter s'aventurait sans aucun repère dans la folle aventure du cinéma. Seul, reclus sur sa Nouvelle-Zélande natale, sans Internet, ni DV ou After Effects quelconque, le garçon – à l'image de millions d'autres à travers le globe – rêve un peu naïvement de réadapter les plus beau succès de son enfance.

A peine orgueilleux, tout y passe ou presque. Spielberg, Lucas, Harryhausen et autres représentants du cinéma qui en met plein la vue, sont alors dans la ligne de mire du futur réalisateur. Sans jamais avoir mis les pieds dans une école de cinéma, il observe et décortique (devine ?) les méthodes hollywoodiennes pour les reproduire dans sa cave en 8 ou 16mm. On perce les bandes avec une aiguille pour simuler les éclats de mitrailleuse dans un film de guerre, ou on conçoit des monstres divers et variés en stop motion pour mettre en scène des histoires de cyclopes géants. S'il n'a pas forcément du temps à perdre (le temps, justement, lui aura donné raison), Peter Jackson fait preuve d'une patience infinie pour peaufiner ce qui, au final, ne resteront que des ébauches en tous genres. Cette patience, ce sera pourtant son arme la plus efficace lorsqu'il entamera en 1987 la production (autofinancée, autogérée, auto tout) de
Bad Taste, un vrai long métrage lorgnant entre l'horreur et la gentille gaudriole, qu'il ne bouclera définitivement que quatre ans plus tard.