Le film fonctionne moyennement, les fans de la première heure tirent un peu la tronche (on les comprend), Kaufman lui-même planche déjà sur d'autres idées même s'il doit boucler le dernier chapitre qui sortira de toute façon. Un troisième volume étrangement rebaptisé
The last temptation of Toxie, bien entendu par rapport au film de Martin Scorsese mais aussi comme pour dire que ce serait la dernière tentation de Lloyd pour collaborer avec des financiers s'octroyant un pouvoir qu'ils ne devraient jamais acquérir. Un petit espoir néanmoins, le film démarre sur les chapeaux de roues avec une petite correction de Toxie sur trois valeureux braqueurs s'attaquant au vidéoclub juif local. Grossière erreur et ces derniers vont rapidement le comprendre : intestins arrachés à main nue et manche à balai planté dans le crâne avant d'être pivoté pour arracher cette dernière, sans oublier de coincer la main d'un dernier lascar dans un magnétoscope avant d'enclencher l'avance rapide, ici d'une efficacité terrifiante. On a beau s'exciter devant ce déferlement de globules, le reste du film suivra les traces du second sur ses longueurs, interdit, idées stupides et ennui palpable, cet épisode 3 étant définitivement le plus mauvais de tous, où seul la relation de toxie avec sa copine non voyante Claire (ou Sarah, tout dépend de l'humeur du scénariste) montrera du doigt le quotidien un peu sulfureux d'un super héros avantagé par les radiations toxiques. Dégoûté de l'expérience, Lloyd Kaufman abandonne donc en 1989 son personnage fétiche pour se pencher sur d'autres projets et se lancer dans la production d'œuvres plus intimistes de jeunes réalisateurs.

Une vengeance "toxique"Troma continue son petit bonhomme de chemin, avec ses succès et ses échecs, et Lloyd s'entiche de sujets aussi farfelus que ses précédentes. Seulement voilà, comme un amour de jeunesse,
Toxic Avenger -et son attendrissant regard déglingué- dont les posters ornent les murs du Troma Building fait lourdement ressentir son absence et c'est non sans nostalgie que tout le monde s'efforce d'aller de l'avant, Llyod plus que quiconque. L'évidence frappe pourtant l'esprit des milliers de fans qui croisent son chemin : A quand un Toxic 4 ? Une question d'autant plus envahissante lors des nombreux master class et forums auquel le producteur/réalisateur participe pour justement dédicacer son livre
All i need to know about filmmaking i learned on Toxic avenger. Les propositions fusent de toutes parts et l'idée de confronter Toxie au
Sgt Kabukiman (autre icône issue de l'imagination de Kaufman, nettement moins aboutie) excite tout le monde à l'exception de Llyod lui-même qui refuse de laisser s'entre-tuer deux "gentils". Et c'est à force de conversation avec son public que l'idée d'une dimension parallèle où les bons deviennent mauvais et inversement germe dans son esprit. Une débilité amplement assumée d'autant plus encouragée par le succès publique récent du tordant
Terror Firmer qui signait son grand retour dans la boucherie potache. Il en aura mis du temps -10 ans se sont écoulés entre l'épisode 3 et 4- et pris des précautions pour ne pas faire les mêmes erreurs que par le passé, mais Lloyd est fin prêt à mettre en chantier l'épisode ultime de son personnage favori, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a pas fait les choses à moitié.
Citizen Toxie, Toxic Avenger part IV, tel un bulldozer sans pitié, écrase littéralement les trois opus précédents. Le meilleur, le plus trash, le plus fort, le plus long, le plus drôle ! Bien plus qu'une suite, une renaissance !
S'il avait été forcé et contraint de garder des réserves sur le tournage précédent, désormais Kaufman se décharge totalement dans un apocalyptique bordel dont on se demande comment il arrive à tenir la barre tant son histoire part en roue libre. Par ailleurs le carton introductif nous le dit clairement "Désolés pour les deux merdes précédentes, ceci est la vraie suite de
Toxic Avenger". An 2000, un groupe de terroristes habillés en bébés détient une classe d'attardés mentaux en otage et menace de tuer tout le monde si on ne lui amène pas des pin-up de la télé réalité dans la demi heure. Tromaville est sur les dents, le Maire (le rondouillard champion du porno Ron Jeremy) ne sait plus quoi faire et même Kabukiman en train de dégobiller dans un coin ne trouve pas la force d'aller combattre les forcenés. Pas de surprise, l'arrivée fracassante de Toxie donne tout de suite le ton, et effectivement, les douceurs sont bannies. Une tête éclatée entre deux bouquins frappés violemment l'un contre l'autre pour bien apprendre à lire, une autre tête enfoncée dans le trou de balle de son propriétaire pour lui apprendre la politesse, et quelques boyaux extirpés puis réinsérés pour le côté scientifique. Le vrai Toxie donneur de leçon est bel et bien de retour même s'il n'arrivera pas à désamorcer à temps une bombe dont l'explosion servira de portail spatio-temporel l'envoyant illico lui et deux attardés en plein cœur de Amortville, l'antithèse du joyeux Tromaville. Pire encore, son double maléfique, Noxie, va lui semer la terreur dans la gentille petite bourgade.