Adapter
South Park au cinéma de quelque manière que ce soit, c'était probablement le pari le plus audacieux des trublions Parker et Stone qui risquaient ici d'égorger leur poule aux œufs d'or. Après seulement trois saisons en activité, on transforme donc l'essai du culte sur grand écran pour exploser encore plus que jamais les barrières de la bienséance et aller loin… très loin. Si depuis, les saisons qui ont suivi ont su se montrer plus barbares encore, on ne peut que retenir
South Park Le film, Plus long, plus grand et pas coupé comme l'une des plus hilarantes pièces jamais vues sur une toile. Sorti en août 1999, cet improbable long métrage était ce qui pouvait arriver de mieux au cinéma lourdingue. En revanche sa sortie en DVD était un évènement nettement moins emballant puisque à l'exception du film lui-même, un clip et quelques teasers délirants, rien ne suscite l'excitation dans la petite édition proposée par Warner quelques mois plus tard.
Outre une qualité d'image et de son au top, on pourra tout de même reprocher à l'éditeur de ne pas proposer une piste de sous-titres uniquement réservée aux scènes chantées, forçant les amateurs de la version française (énorme soit dit en passant) je jouer péniblement avec la télécommande toutes les 5 minutes. Une édition plus que perfectible mais méritant néanmoins sa place dans n'importe quelle collection. Ne pas le posséder étant une hérésie en soi…
South Park, le film : Plus long, plus grand et pas coupé (1999)De Trey Parker et Matt Stone
Avec Trey Parker, Matt Stone, George Clooney, Minnie Driver, Isaac Hayes, Eric Idle
Durée : 1h18
Disponible en DVD Zone 2 chez Warner Home VideoSous couvert d'une vulgarité crasse qui renvoie dans les cordes tout ce qui a tenté d'être gentiment irrévérencieux jusque là (
Les Simpson par exemple), la première saison de
South Park appâte malicieusement son public naissant avec un humour pipi caca pour mieux lui exposer la crétinerie ambiante. Qu'elle concerne l'actualité, les mœurs, ou encore la culture. Et l'évolution qualitative sans cesse grandissante au fil des années ira dans ce sens. La marque de fabrique de Parker et Stone repose donc sur un minimalisme formel assez transparent pour un discours d'une diabolique intelligence. A la fois juges et partis, les deux potes gardent néanmoins le recul nécessaire pour ne pas exposer une idéologie quelle qu'elle soit et prônent au contraire - avec une certaine sagesse – la laïcité, et une vraie neutralité politique. Tout le monde en prend plutôt pour son grade, et c'est tant mieux.
L'astuce est effectivement très malicieuse. On fonçait découvrir
South Park pour regarder au moins une fois ce fameux cartoon très enfantin dans son design, bidouillé à moindre frais de bric et de broc, mais surtout parce que ses jeunes héros tenaient un vocabulaire ordurier purement hallucinant. Certes, depuis les bornes ont été dépassées, mais la curiosité aidant,
South Park s'est très vite dévoilé comme une pertinente analyse de l'univers américain dans ce qu'il peut avoir de plus stupide, maquillé par des excès de pantalonnades plus poussives les unes que les autres. Plus fort encore, le fait même que la série s'abstienne de cohérence - au point d'en tuer systématiquement l'un de ses personnages principaux à chaque épisode – lui permet de n'avoir aucune limite. On touche à tout. Tous les thèmes, tous les sujets possibles, toutes les mises en scènes et toutes les références dans lesquels ses créateurs fous ont baigné. Et c'est en partie grâce à ce ton débarrassé de ses œillères que
South Park continue de surprendre, de faire rire à gorge déployée et d'aller toujours plus loin après onze saisons plus détonantes les unes que les autres.