1. >
  2. >
  3. >
  4. >La Femme Scorpion : Test + Portrait [page 1]

La Femme Scorpion : Test + Portrait [page 1]

Par Alex Masson - publié le 09 novembre 2007 à 06h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h17 - 0 commentaire(s)
A peine la belle rétrospective de la Nikkatsu, à la Maison du Japon, vient de s’achever que débarque en DVD l’intégrale de La femme Scorpion, démente série de films, entre sexploitation et subversion. Deux excellentes raisons de revenir sur le parcours de Meiko Kaji, icône vengeresse du féminisme à la nipponne.


Les yeux. C’est ce qui frappe le plus quand on tombe pour la première fois sur une séquence avec Meiko Kaji. Avant d’être un personnage cette fille est avant tout un regard. Perçants et électriques, les yeux de Kaji sont ceux d’une star. Comme s’ils dressaient un infranchissable rideau entre des rôles, un public et une femme. D’ailleurs, au départ il n’y avait pas Meiko Kaji, mais Masako Ota. Sous son vrai nom l’actrice s’est fait une place dans le cinéma japonais de la fin des années 60. Des seconds rôles discrets qui l’installent comme une starlette de l’époque. Mais Meiko Kaji commence déjà à percer sous Masako Ota. En 1970 elle signe avec la Nikkatsu, un des principaux studios nippons, qui débite du film en essayant de surfer sur les modes. A cette période, comme tous les cinémas du monde, la production japonaise est en pleine mutation, les spectateurs ont visiblement envie de nouveauté, de films plus en phase avec les nouveaux idéaux populaires.

Suivant la vogue américaine du film de gang d’ados, la Nikkatsu lance la série des Stray cat rock. Sur le fond, ces films ne sont que des rip-offs des productions Corman, des séries B irrévérencieuses. Sur la forme, des réalisateurs comme Yasuharu Hasebe lui amènent la culture pop à la Japonaise : une stylisation à outrance et une arrogance qui ont bâti l’attitude cool. Désormais rebaptisée Meiko Kaji, la comédienne y est la chef d’un gang de filles, les Alleycats. Elles vont se fritter avec un gang de gars, les Eagles pour des histoires de cœur avec des métis récemment débarqués en ville. Sauf que ça n’aura rien d’une romance. Si les filles qu’on croise alors dans les films ricains (Switchblade sisters, Faster pussycat kill kill…) en ont dans la culotte, Kaji construit avec les Stray cat rock sa nouvelle image de marque, celle d’une héroïne moderne dans toute sa complexité : délurée et romantique, provocante et morale.


Dans Stray Cat Rock : Sex Hunter, elle n’hésite pas à se plaindre que son mec ne la baise pas assez souvent à son goût avant d’aller foutre le feu à coups de cocktails molotovs pour libérer ses copines menacées de viol collectif. Les scénarios de cette série ont beau sombrer rapidement dans le formulaïque, ces films resteront comme la fondation de Meiko Kaji en tant que mythe d’une nouvelle forme de féminité, avec un personnage qui connaît le prix à payer pour rester libre.


logAudience