Par - publié le 21 avril 2008 à 06h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h23 - 0 commentaire(s)
« C’est un producteur qui a un parcours atypique en France, un producteur que j’aime beaucoup. Il a commencé par produire 1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott. Un jeune producteur français qui commence avec un tel cinéaste, incontournable et malheureusement sous évalué, n’ayant eu aucune reconnaissance personnelle par exemple d’Oscars alors qu’il aurait pu en recevoir un plusieurs fois, ne serait-ce que pour Blade Runner. J’aime quand les gens mettent la barre très haut, tout de suite. J’aime à la fois le cinéma français et le cinéma américain et dans son parcours de producteur il arrive à faire les deux, on l’a vu il n’y a pas longtemps avec un film français, La Môme, il a réussi à créer une passerelle en remportant deux Oscars. Il a été co-producteur sur Casino, ce que peu de gens savent. C’est ce que je trouve formidable dans son parcours, un peu comme pour Dorffman, à une certaine époque, ils sont différents, ce que j’aime c’est leur ambition d’élargir le cinéma français et d’essayer de le vendre dans le monde entier. Il a une résonance internationale qui est assez atypique dans la cinéma en France, et c’est l’idée que j’ai moi-même du cinéma, j’ai envie qu’il s’exporte, j’aime le cinéma dans toute sa largeur, de A à Z, d’Antonioni à Zinnemann en passant par Paul Thomas Anderson, Scorsese, Spielberg, Lumet, j’aime ce brassage et j’apprécie qu’un producteur ait cette même vision. »
Florent-Emilio Siri


Fils d’un distributeur, il a eu la chance de connaître ce milieu très jeune, après une première expérience au sein de la société MK2, il se lance seul dans une carrière de producteur en se posant sur un projet enivrant, puissant, l’aventure de Christophe Colomb, réussit à convaincre Ridley Scott et mène cette entreprise avec finesse et énergie jusqu’à son apogée s’ouvrant sur un très grand succès. Il enchaîne avec le film de Martin Scorsese, Casino, une expérience unique, puis avec diverses expériences, Le pacte du silence, Les Rivières pourpres, En plein cœur, Vatel… Son dernier film, La môme confirme le talent d’un producteur s’étant immédiatement tourné vers une carrière internationale et sachant avec perspicacité jouer sur différents genres.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez vu L’Ennemi Intime ?
J’étais très impressionné par le film. Le fait qu’il n’ait pas trouvé son public ne change en rien mon opinion. Il y a deux, trois choses qui sont pour moi rares et fondamentales dans le film de Florent. Le thème lui-même et au-delà du film de guerre le fait qu’il porte sur la guerre d’Algérie. Florent a réussi, sans jamais le dire, mais en le montrant, en le façonnant, en l’exprimant, à parler de la guerre sur un plan très précis, en mettant en avant le fait que chaque camp à l’impression que ce sont les ennemis les barbares. Cela donne à chaque soldat une conviction, l’impression qu’ils sont du bon côté, qu’ils sont tous sincères. J’ai vécu en Israël plusieurs années et c’est un pays qui est en guerre depuis sa création et j’ai ressenti cette réalité. Les Israéliens sont intimement persuadés que, globalement, les Palestiniens sont des barbares. C’est vrai, et peut-être encore plus vrai de l’autre côté. Cette réalité n’est évidemment pas la vérité. Ce que L’Ennemi Intime offre, c’est la compréhension de cet état de fait. Tant que l’on ne sort pas ce ça, le conflit ne peut pas s’arrêter. Il faut arriver à jeter un autre regard sur son ennemi. C’est l’élément le plus abouti du film. Par ailleurs, Florent est, à mon avis, l’un des très rares réalisateurs français à pouvoir mener de front une quête de forme et une quête de fond et ce n’est pas à la portée de tout le monde. Il y a en a même qui cultivent une forme de laideur pour être sûr qu’on ne va pas les attendre sur ce plan et qui vont se concentrer sur ce qui est parfois un pseudo contenu. Florent a la chance de pouvoir parler en profondeur de la nature humaine et d’être doué pour la mettre en scène.


En France, cette recherche esthétique lui a été souvent reprochée…
On n’aime pas la beauté dans le cinéma français et une certaine communauté le lui reproche effectivement. Mais, à mon avis, c’est par manque de capacité à la créer. La beauté, c’est d’abord avoir l’œil pour la reconnaître. Tout n’est pas beau et tout ce qui est lié à l’esthétique n’est pas nécessairement beau, il y a vraiment un regard particulier, du coup, autant balayer cette quête d’un revers de main et rester tranquille. Je ne connais pas de grands réalisateurs qui n’aient pas une ambiance spécifique, même si elle peut–être dénudée, les films de Cassavetes, par exemple, sont dénudés mais beaux, il y a un sens, une recherche de la forme. Il y a beaucoup de cinéastes en France qui n’en sont pas capables et qui préfèrent considérer que cela n’a pas d’intérêt.


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