De toutes les destinations touristiques à travers le monde, Las Vegas est sans doute la cité qui a le plus exporté son image, qui l'a ancrée, sous tous les angles, dans l'imaginaire collectif. « Vegas », plus que les autres métropoles américaines régulièrement montrées sur grand écran, de New York à San Francisco, possède une identité visuelle puissante, une aura de débauche, de luxe, d'excentricité, sans communes mesures ailleurs. Dès que
Cameron Diaz et
Ashton Kutcher, les deux héros de
Jackpot, débarquent dans « la ville de tous les pêchés », pour une nuit de folie, on sait que ces ingrédients seront tous de la partie. Plutôt étrange pour une ville fondée au XIXe siècle par des mormons, non ? Mais Las Vegas n'est pas à un paradoxe près. Ses différentes facettes historiques, sociales, et même architecturales, l'attestent : la capitale du jeu est plus qu'un décor, c'est un personnage à part entière, que le 7e art a plus d'une fois visité. Petit retour en arrière.

Dès son rapide développement dans les années 30, dû à des lois fédérales favorables aux jeux d'argent (voire, dans certains comtés de l'Etat, à la prostitution), Las Vegas a acquis une réputation d'oasis luxuriante où tout était permis. Nombre d'entrepreneurs californiens, bientôt suivis par de puissants mafieux de la côte Est, ont débarqué dans cette vallée aride où une chaleur étouffante règne quasiment toute l'année, transformant un paysage désertique en destination de rêve, comme un mirage devenu réalité. Vegas n'est toutefois devenue Vegas qu'avec l'arrivée, sur les scènes des multiples clubs qui poussent alors comme des champignons, des stars d'Hollywood et de Broadway. Acteurs, chanteurs, meneuses de revues, comiques satiriques : entre deux cascades de machines de sous, les casinos accueillent ainsi pléthore de spectacles de divertissement, conscients qu'une table de poker ne suffirait pas à retenir un touriste lambda assez longtemps. Les années 50 voient naître les premiers grands complexes hôteliers, qui réunissent sous un même toit un ensemble d'activités attractives (et payantes, of course) : le Riviera, le Stardust, le Sahara, entre autres, sortent de terre. Déjà, Las Vegas devient un décor pittoresque pour les séries B tournées dans l'Etat voisin de Californie : la ville est un symbole d'évasion, de fête, mais aussi de perdition, là où les démons du jeu peuvent ruiner une vie.

Le premier véritable succès cinématographique à planter ses caméras en plein Vegas n'est toutefois pas dépressif ou anecdotique : il rassemble sur un même écran tous les membres du Rat Pack, menés par l'une des éternelles emblèmes de la cité,
Frank Sinatra. Lui et ses comparses (Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford), lorsqu'ils tournent
L'inconnu de Las Vegas en 1960, sont déjà des habitués des lieux, puisqu'ils se produisent tous les soirs dans la grande salle du Sands Hotel, où se pressent alors tous les grandes stars et hommes politiques. Désinvolte, machiste, mais entraînant, ce tout premier
Ocean's Eleven (titre original) mythifie déjà les casinos de la ville, que Sinatra et sa bande projettent de cambrioler. A l'époque, déjà, les relations tumultueuses entre « The Voice » et les pontes de la Mafia du New Jersey et de l'Illinois affolent les tabloïds, et donnent au
downtown des allures de nouveau Chicago. Ce mariage incestueux entre showbiz et mafieux stimulera vite les scénaristes d'Hollywood, notamment pour le premier épisode de
Le Parrain où apparaît le personnage de Johnny Fontane, un crooner en délicatesse avec les Corleone, clairement inspiré de la vie de Sinatra (qui avait effectivement reconnu avoir chanté lors de banquets de mariage pour certains chefs de clans).